Dogme et réalité

 

thierry soulie sept15Incontestablement, la manifestation du 3 mars fut une réussite.


10 000 professionnels de la filière dentaire qui répondent à l’appel des trois syndicats représentatifs (FSDL, UD, CNSD), des étudiants et des internes (UNECD, SNIO), qui viennent battre le pavé parisien et qui forcent le barrage des policiers, pour crier leur colère sous les fenêtres de la ministre de la Santé a de quoi interpeller.

 

Surtout de la part d’une profession naturellement peu encline à ce genre de débordements ! Madame la Ministre, vous avez réussi « l’exploit » de faire l’unanimité dans le mécontentement, encore faudrait-il que vous vouliez l’entendre !

 

Car cette action s’inscrit dans un ras-le-bol général de toute une profession qui en a assez d’être réduite à celle de vulgaires marchands de prothèses. Elle fait aussi écho à celles des étudiants auxquels la CNSD a apporté tout son soutien et qui, depuis deux mois, clament leur inquiétude quant à leur avenir.

Outre votre affichage politique de plafonner aveuglément, vous faites preuve d’une rigidité dogmatique dont vous ne mesurez sûrement pas les conséquences délétères à moyen terme. Mais le dogme est souvent très éloigné de la réalité et s’affranchit quand ça l’arrange d’une politique qui, en l’occurrence, se revendique d’accès aux soins. Nous partageons cette vision humaniste, à ceci près que la meilleure façon d’y parvenir eût été d’augmenter la base des remboursements assortis de régulation des honoraires excessifs. Or, ce qui a été présenté lors des négociations conventionnelles en est sensiblement éloigné. Le concept qui consiste à calquer les plafonds sur des moyennes tarifaires en injectant une dégressivité étalée sur quatre ans est un non-sens économique qui freinera les investissements et interdira tout progrès. Seuls des cerveaux n’ayant jamais quitté leurs bureaux peuvent concevoir des plans aussi inadaptés aux réalités de terrain.

 

Si l’accès aux soins a été la justification mise en avant, en vérité, c’est bien à une politique de revenus à laquelle nous assistons ! Car si, hélas, pour bon nombre de patients le reste à charge est trop élevé, la responsabilité en incombe aux seuls gouvernants qui, depuis 30 ans, ont figé les bases de remboursement sans augmenter significativement les actes opposables. Pire, la récente loi sur la complémentaire santé obligatoire dans les entreprises, en diminuant les prestations, a aggravé le problème rendant inaccessibles des traitements qui l’étaient jusque-là.

 

C’est bien la démonstration d’une économie planifiée basée sur le dogme égalitaire qui fait fi de la réalité du terrain et la part belle aux organismes financiers. Les gagnants de ce nivellement par le bas ne sont évidemment pas les praticiens qui n’avaient pas la naïveté de croire aux miracles, mais certainement pas les patients en droit d’attendre autre chose. Dès lors, il devenait évident que le dernier étage de ce plan mortifère consistait à plafonner les honoraires des praticiens. Est-ce bien cela une politique d’accès aux soins ?

 

Le 3 mars, Madame la Ministre, la réalité a rattrapé le dogme, la profession est venue vous dire non. Quand le quart d’une profession se déplace à Paris, quand plus de la moitié des praticiens a fermé son cabinet pour dire que ça suffit, il serait bon que vous entendiez et renonciez à ce règlement arbitral d’exception.

 

Et que vous acceptiez enfin de nous recevoir au moins une fois avant la fin de votre mandat. Il n’est jamais trop tard pour impulser une autre politique, moins dogmatique et plus en phase avec les réalités du terrain, qui conjugue les intérêts des uns et des autres !

 

Dr Thierry Soulié

Secrétaire général

 

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