Les fondations avant le toit

 

thierry soulie juin17On ne tire pas sur une ambulance, mais soyons honnête, la défaite de l’ex-ministre de la Santé sonne pour les professionnels de santé, et plus particulièrement pour nous, chirurgiens-dentistes, comme une revanche au goût amer, eu égard au traitement de « faveur » qu’elle nous a réservé pendant cinq ans.

 

Nous l’avons suffisamment et explicitement dit, Marisol Touraine, en nous ignorant, a commis l’erreur majeure de se couper des professionnels de terrain. Certes, nous n’aurions pas obtenu tout ce que nous revendiquions, mais force est de constater que, par son entêtement concernant la médecine bucco-dentaire libérale de proximité, son action s’apparente plutôt à un fiasco !

 

Au risque de nous répéter, en imposant le tiers-payant généralisé obligatoire, elle a foulé au pied un des piliers de l’exercice libéral, et ajouté une complexité et un coût supplémentaires dont nous n’avons pas besoin.

En instaurant la complémentaire santé pour tous, elle a contribué à augmenter le reste à charge de nombreux patients jadis bien remboursés, au nom d’un égalitarisme dogmatique qui n’est rien d’autre qu’un nivellement par le bas, qu’il a bien fallu compenser.

 

Et in fine, en torpillant la négociation conventionnelle par la mise en place d’un règlement arbitral, elle a pénalisé de la plus détestable des manières la créativité, l’excellence et les progrès techniques, autrement dit tout ce que demandent les patients et les praticiens.

 

Le plus terrible pour elle et le plus révélateur, c’est que ce sont les électeurs de sa circonscription qui l’ont sanctionnée. Ce sont les patients qui se sont rendu compte qu’ils étaient moins bien pris en charge alors que nous assistons depuis des années à une stagnation des honoraires libres.

 

Une nouvelle ministre vient d’être nommée et nous prenons acte de sa volonté d’ouverture.
Nous sommes prêts à travailler avec Agnès Buzyn qui a promis de nous recevoir très prochainement, et à relever avec elle le défi de la modernité, de la pertinence et de l’efficience des soins sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain conventionnel, comme a tenté de le faire Marisol Touraine.

 

Il faut redonner de l’attractivité à notre activité, et ce n’est pas en contraignant les chirurgiens-dentistes par des équations du type CMU = ACS, et 82 % de plafonnement = 34 % d’augmentation des soins opposables qu’elle y arrivera. Le règlement arbitral est une mesure délétère qui a mis le feu au sein de la profession. Il faudra donc revenir dessus, mais sans mettre la charrue avant les bœufs, et réfléchir à la médecine buccodentaire des Français. Et puisqu’il est question de construction, pour une maison, on commence toujours par les fondations. Marisol Touraine, en faisant des plafonds et du reste à charge l’alpha et l’oméga de sa politique, s’est occupée du toit sans s’assurer de la solidité des murs.

 

Le problème essentiel à résoudre reste le déblocage des actes précoces, préventifs et chirurgicaux qui englobent les actes fondamentaux de notre activité. Agnès Buzyn, pour avoir une chance de réussir, devra intégrer cette vérité maintes fois réitérée.

 

Nous savons par expérience que, dans une économie contrainte, ce n’est jamais facile. Mais si les mots « qualité », « sécurité », « accès aux soins » et « conventionnement » ont un sens pour vous, Madame la Ministre, c’est bien par là qu’il faudra commencer, le reste en découlera.

 

On s’assure toujours des fondations avant de s’occuper du toit !

 

Dr Thierry Soulié
Secrétaire général

 

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