Les « Panous »

 

cm aout2014 2Il est dans notre République française, une tribu particulière surnommée les « Panous » en raison de sa capacité extraordinaire à caresser dans le sens du poil ceux qu’elle rencontre et à renvoyer vers les autres toute la responsabilité des préjudices qui lui sont présentés ! Les syndicalistes expérimentés ont appris à décrypter les dires de ses membres et à faire la part des choses.


Ce n’est pas le cas des novices enthousiastes qui s’émerveillent d’être reçus et prennent pour argent comptant tout ce qu’on leur dit.


Ces « Panous » se recrutent au sein du monde politique, et plus particulièrement chez les parlementaires de tous bords. Il faut cependant noter que c’est dans l’opposition que leur mémoire devient particulièrement sélective, allant jusqu’à oublier leurs actions passées.


C’est également dans l’opposition, quand leur pouvoir d’action est quasi nul, que leurs promesses sont les plus séduisantes.


Il en est ainsi d’un sénateur qui reçoit aujourd’hui à tour de bras tous ceux qui le sollicitent. Mais ceux qui ont un peu de culture et de mémoire, se souviennent que ce sénateur fut un de ceux qui ont poussé à la mise en place du devis avec prix d’achat de la prothèse dans la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009, contre l’avis de la ministre Roselyne Bachelot. Ce même sénateur et tous les parlementaires qui ont voté l’amendement sur le devis, ont justifié leurs choix en mettant en avant les marges « monstrueuses » faites par les chirurgiens-dentistes sur la prothèse.


En 2011, après deux ans de combat mené par la CNSD lors de la modification de la loi visant à transformer l’information donnée au patient, ce parlementaire s’était battu à coup d’amendements pour que le prix d’achat perdure.


En 2014, il s’était même indigné, dans une question écrite au gouvernement, de la possibilité pour les chirurgiens-dentistes de faire de la CFAO, fabrication qui devrait être réservée aux seuls prothésistes.


La connaissance de l’histoire et la mémoire des actions est indispensable pour juger de la sincérité et de la crédibilité des interlocuteurs politiques. Les rencontrer et les convaincre de la justesse de nos arguments est indispensable et est au cœur de l’action syndicale. Mais s’enthousiasmer d’être reçus, clamer victoire parce que les arguments ont été écoutés relève d’une grande naïveté : c’est sur l’action que l’on peut juger, pas sur les sourires et les promesses.


Or, nombre de parlementaires actuellement élus, l’étaient déjà l’année dernière et ont voté l’article n° 75 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 (LFSS), autorisant le recours au règlement arbitral exceptionnel en cas d’échec des négociations au 1er février 2017. D’autres, qui ont voté contre, n’ont rien fait pour le contrer en le soumettant à l’analyse du Conseil constitutionnel avant la promulgation de la loi.


Pourtant les arguments existaient, d’autant que ceux des politiques ont plus de poids que ceux des syndicats dentaires.


Ces parlementaires ont désormais le pouvoir de défaire ce qu’ils ont voté par une loi rectificative : pourquoi aucun de ceux qui compatissent à notre situation n’a-t-il usé de ce pouvoir, oubliant que c’est leur loi qui a cassé la précédente négociation ? Aujourd’hui, la Convention 2006 est morte, écrasée par le règlement arbitral. Certes, les premières dispositions devraient être retardées d’un an par une disposition du prochain PLFSS 2018, discuté à l’automne et voté en fin d’année. Ce qui laisse aux négociateurs conventionnels la responsabilité de la rédaction d’une nouvelle convention, seule à même d’empêcher le règlement arbitral de nuire, mais dans un cadre défini par la ministre.


Habile manière de se laver les mains !
Mais en cas d’échec, ces « Panous » oublieront la « câlinothérapie » et reprendront la main.
Malgré leurs promesses ! Le tout est d’en être bien conscient.

 

Dr Catherine Mojaïsky
Présidente confédérale
@chmjsk

 

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