Marronnier

 

tsoulie avr17 homeEn journalisme, le marronnier est un article ou un reportage d’information consacré à un événement récurrent où les sujets débattus sont traités souvent de façon simpliste. La plupart du temps, ils meublent une période creuse, et, quand il s’agit d’un dossier sensible, ils peuvent faire l’objet de « reportages » aux heures de grande écoute.


Dans le contexte économique difficile actuel, quel meilleur sujet que le dentaire pour faire de l’audimat un dimanche soir !


Comme à chaque fois, nous avons eu droit aux clichés du prothésiste qui travaille dur pour confectionner une céramique avec son pinceau, que le dentiste vendra cinq à dix fois le montant de sa facture, au vertueux modèle économique low-cost du seul fait que les honoraires seraient inférieurs à ceux des cabinets libéraux, à la plaidoirie d’une directrice de plateforme pourfendeuse de tarifs sans s’occuper de savoir ce qu’il y a derrière, et, cerise sur le gâteau, des soins délocalisés vendus comme d’autres vendent des vacances.


Émission au goût de déjà-vu, où l’essentiel est à peine dévoilé, et dont on peut se poser la question de savoir ce qu’en a réellement retenu le téléspectateur. Car aborder ce sujet sous le seul angle du prix, est de nature à racoler le grand public, sensible au reste à charge qui conditionne sa prise de décision d’entreprendre ou non un traitement.


Mais à la fin de l’émission, le patient qui pensait obtenir des informations à même de guider son choix, aura-t-il véritablement compris les raisons de ne pas franchir les portes d’un centre low-cost après avoir appris les dégâts causés par Dentexia ?


Quelle sera son attitude devant l’affirmation des employés des plateformes qui expliquent sans sourciller que les prix diffèrent mais que les prothèses sont les mêmes ? Et quid de la responsabilité post-traitement ?


Aura-t-il une belle image de la dentisterie via le prisme aguichant d’une patiente en maillot de bain, à 3 000 km de Paris, dans un endroit paradisiaque qu’il ne pourra, bien souvent, pas s’offrir ? Rien n’est moins sûr, car tout ceci n’est que le miroir déformant d’un problème que les clichés ne pourront jamais résoudre.


Les gouvernants successifs, pour des raisons budgétaires, ont ignoré les soins dentaires de base et laissé filer les actes à honoraires libres qui ont permis l’équilibre économique des cabinets libéraux. Quand les médias s’emparent du « reste à charge », ils omettent de dire que près de 80 % des actes réalisés en volume sont intégralement remboursés par les organismes d’assurance maladie obligatoire et complémentaire, sans aucun reste à charge pour les ménages. Outre qu’en se focalisant sur les seuls actes de prothèse, ils laissent penser que cela concerne l’ensemble de l’activité dentaire, ils oublient aussi de dire que les actes conservateurs n’intéressent pas les modèles économiques low-cost, ni les soins « dentobalnéaires » dans les îles ou dans les pays à pression fiscale inférieure au nôtre.


Or, le fond du sujet est bien celui-ci : rééquilibrer l’activité dentaire afin de donner de la cohérence tarifaire à nos actes précoces conservateurs, de prévention et chirurgicaux.


Tout commence par là ! C’est l’enjeu capital de la négociation conventionnelle qui doit casser ce cercle vicieux culpabilisant, pour aller vers un cercle plus vertueux, qui ne laissera plus place, espérons-le, à ces marronniers infantilisants.

 

Dr Thierry Soulié

Secrétaire général

 

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