Pertinence

 

thierry soulie sept17Quel que soit le domaine, la pertinence a du sens, et tout particulièrement en matière de santé. Agnès Buzyn en fait d’ailleurs un de ses marqueurs politiques en y accolant la prévention et la qualité des soins. Coïncidence, ces trois items étaient à l’ordre du jour de la séance de négociation conventionnelle du 10 novembre.


De pertinence il était aussi question le 14 octobre quand la Haute Autorité de santé a réuni un panel de citoyens et de représentants d'usagers afin de recueillir leurs réflexions sur la notion du soin pertinent défini comme étant : « un soin utile et juste scientifiquement ayant une balance bénéfice/risque favorable, adapté aux besoins du patient et à son environnement de vie, et accessible à tous les citoyens aussi bien au plan géographique que financier ». Orientation partagée par les usagers, qui plaident « pour une conception de la pertinence élargie à la prise en charge globale et à la qualité de vie au-delà de la pertinence des soins prise isolément ».


Orientation partagée aussi par les professionnels de santé, à ceci près que c’est à eux qu’on demande cette pertinence, pour laquelle, dans le secteur dentaire, ils n’ont pas été beaucoup aidés. Tout le monde s’accorde à dire que s’il est un domaine où la prévention est pertinente, c’est bien le nôtre. Mais depuis des lustres, mis à part l’examen bucco-dentaire, si les gouvernants en ont souvent parlé, ils n’ont pas fait grand-chose pour agir, ni permis à notre pays de rattraper son retard. Ce n’est pas faute de les y avoir incités : lors de cette nouvelle négociation, la CNSD a fait des propositions pertinentes pour l’avenir de la profession.
Nous sommes donc en mesure de répondre à la demande de la ministre.


Mais, car il y a un « mais », cela ne pourra se faire sans investissements. Si nous partageons l’idée que le modèle actuel atteint ses limites, que la prévention doit prendre plus de place, que des techniques alternatives doivent progressivement se substituer à celles qui commencent à « dater », en clair, que la manière de soigner doit évoluer selon un concept plus économique en matière de tissus, plus écologique aussi, en un mot plus moderne, le « juste soin », les changements de paradigme et d’attitudes ne pourront se faire du jour au lendemain. Certes la profession est prête, mais là comme ailleurs, il faut donner du temps au temps afin de permettre à chacun de se former, d’évoluer, de s’organiser et d’intégrer toutes ces nouvelles techniques, fussent-elles très pertinentes.


Mais passer d’un système à un autre nécessite une pertinence économique. Or, c’est là que se situera la grande difficulté de mise en œuvre.
D’autant qu’est venue se greffer le « zéro reste à charge » qui laisse perplexe autant la profession que les financeurs. La ministre reste déterminée sur cette promesse du président de la République, mais aussi très évasive quant à sa mise en musique. Et si nous sommes sensibles à sa volonté de concertation, la question de son financement est loin d’être claire. En effet, si reste à charge zéro il doit y avoir, il ne pourra se faire sans financements supplémentaires par rapport à l’enveloppe allouée à la négociation en cours. Or, il ne saurait être question que la profession, déjà touchée par les plafonds CMU-C/ACS, soit le dindon de la farce de cette promesse démagogique.


Dans une perspective d’avenir tant pour les praticiens que pour l’accès aux soins, l’idée d’accompagner une certaine évolution et celle de partager une vision prospective de notre métier sont totalement pertinentes.
Mais la pertinence ne prendra tout son sens que dans une vision globale de l’activité, et non parcellaire.


La plus grande pertinence est de tirer les leçons du passé pour ne pas reproduire les mêmes schémas. C’est l’enjeu majeur de la négociation.

 

Dr Thierry Soulié
Secrétaire général

 

bandeau lettre cd17 ROUGE DM

 

Site développé par Médialis