Capacité médicale : attention danger !

 

thierry soulie sept17En ces temps où on ne parle que de reste à charge et de tarifs de nos prothèses, il est un danger qui pourrait s’avérer infiniment plus dévastateur que le plafonnement des actes : l’ouverture de notre domaine de compétence à des diplômés partiellement formés à notre métier.


Historiquement, la CNSD a toujours été en tête pour se battre pour notre capacité durement conquise. Cela a commencé par le droit de prescription qui assure aux chirurgiens-dentistes leur indépendance face à l’hégémonie des médecins, jusqu’à l’obtention récente du droit de coder les actes dentaires selon une classification médicale commune après 20 ans de lutte acharnée.


Mais en ces temps de dérégulation tous azimuts, voici que surgit une nouvelle menace avec la possibilité qui serait donnée à des diplômés européens d’exercer une partie de notre activité.
La transposition d’une directive européenne par une ordonnance gouvernementale pourrait permettre l’accès partiel à certaines professions de santé à reconnaissance automatique comme la nôtre. La CNSD a immédiatement réagi en déposant le 29 décembre 2017, un recours en Conseil d’État.


Ce combat pour la préservation des champs d’actions professionnels est permanent, et ce n’est pas la première fois que notre capacité professionnelle est attaquée. Raison pour laquelle il est essentiel de rester vigilants, ne serait-ce que parce que rien ne nous est dû, et que rien n’est jamais définitivement acquis.
C’est ainsi que nous avons toujours lutté contre les denturologues qui lorgnent sur la prothèse, contre les bars à sourire qui voulaient s’approprier les actes d’éclaircissement dentaires, et que nous nous opposons aujourd’hui à l’arrivée sur notre sol de « praticiens » munis de sous-qualifications qui n’existent pas chez nous, comme les hygiénistes.
Après les diplômes étrangers dont certains sont entachés d’irrégularités, voici une nouvelle concurrence en mesure de capter, par interprétation des directives de l’Union européenne, une partie de la capacité de professionnels médicaux. Il est de notre devoir d’alerter et de nous y opposer.


Nous n’ignorons pas que certains praticiens sont favorables à la création d’un corps d’hygiénistes.
La CNSD prétend que c’est faire passer la charrue avant les bœufs et que les conditions ne sont pas réunies pour qu’il en soit ainsi.


La CNSD a une approche différente du problème.
Elle préconise une évolution du domaine de compétence des assistantes dentaires par une délégation plus importante de tâches au sein du cabinet dentaire, qui offrirait une perspective d’évolution de carrière.
La création d’un corps d’hygiénistes en limiterait la portée, et permettrait à ces derniers d’exercer indépendamment hors subordination des praticiens. Dans un cas, il s’agit d’une optimisation de l’activité de soins, dans l’autre, d’un transfert, voire d’un abandon de capacité. Là est la différence essentielle avec, pour conséquence, une confusion pour nos patients, et un mauvais signal envoyé à ceux qui voudraient s’engouffrer dans cette brèche pour grignoter d’autres pans de notre activité et aboutir à un morcellement progressif.


Adieu alors, la belle unité dentaire que nous avons eu tant de mal à construire…
Bonjour la concurrence économique sauvage, après celle des réseaux de soins inadaptés au secteur médical…


La CNSD est opposée à ce schéma qui n’apportera rien aux patients, car ce n’est pas en nuisant aux soignants qu’on arrange les soignés.

 

Dr Thierry Soulié
Secrétaire général

 

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