Livre blanc de la santé bucco-dentaire

Après avoir organisé le « Grenelle de la santé bucco- dentaire » en janvier, l’Ordre national des chirurgiens-dentistes publie aujourd’hui le Livre blanc de la profession. Fruit de cette grande consultation, ce document a pour vocation d’alimenter le débat public.
 
Quand elles abordent une profession, les autorités aiment passer par son « guichet unique ». En l’occurrence, un conseil national de l’Ordre, car il regroupe toutes les personnes physiques et morales habilitées à exercer sur le territoire national. Fort de cette position, et face au terrible « bashing » engendrant sentiments d’injustice et d’accablement jusqu’au pied de chaque fauteuil dentaire, l’Ordre national des chirurgiens-dentistes s’est investi d’une mission : redorer le blason d’une profession tant décriée. Et s’en est même donné les moyens...
 
C’est ainsi que fut lancée la grande campagne de communication « Sauvons nos dents », dont le point d’orgue, en janvier dernier, fut l’organisation du « Grenelle de la santé bucco-dentaire ». Le Livre blanc aujourd’hui publié est le résultat de la grande consultation engagée par l’Ordre pour alimenter cette grand-messe, dont le premier mérite fut déjà de réunir tous les acteurs du système. Seul l’Ordre pouvait prétendre à pareille ambition œcuménique.

Cinq thématiques

Ministères de tutelle, université, Uncam, Unocam, Mutualité, CISS (usagers), Académie, ADF, syndicats représentatifs des chirurgiens-dentistes (dont la CNSD), d’étudiants, de prothésistes, de la Fédération des assistants dentaires et les représentants de l’industrie Comident sont venus en janvier témoigner et faire des propositions dans le cadre de cinq ateliers de travail et lors de la plénière. Cinq thématiques ont été abordées : la formation, la prévention, la démographie, le financement et le cabinet du futur. Il en est ressorti 23 mesures (voir encadré), dont la synthèse semble avoir été quelque peu laborieuse tant chaque mot apparaît soupesé. Mais... mission accomplie, le résultat est bien là, imprimé noir sur blanc ! Car il faut bien user du noir pour imprimer des feuilles blanches... A consulter
 
Pour trouver le noir, nul besoin d’aller trop loin, il suffit de tremper la plume dans l’encre de l’actualité. Un tiers de la population n’aurait pas accès aux soins pour raisons financières, selon les médias. Le tiers payant généralisé n’est toujours pas enterré. Les centres low-cost défraient encore la chronique... Ce « présent » ne s’est pas construit en un jour et l’accumulation des problématiques fait que la profession dentaire, parmi tant d’autres, se trouve maintenant acculée à un tournant social, déontologique et technologique.

Bâtir une nouvelle politique

De grands chantiers vont s’ouvrir et il faut d’ores et déjà alimenter le débat public en instaurant une véritable discussion avec les décideurs-financeurs. Objectif : bâtir une politique de santé bucco-dentaire efficiente. C’est l’objectif du Livre blanc, dans lequel les négociateurs d’une future convention iront sans doute puiser quelques certitudes, d’autant plus solides qu’elles auront reçu l’onction de la grande famille dentaire. À s’investir dans pareille mission et à se retrouver sur tous les fronts (puisqu’il en a fait l’inventaire), l’Ordre pourrait agacer. 

Mais en lisant attentivement son Livre blanc, on perçoit cependant que l’institution marche sur des œufs. On y retrouve souvent l’emploi du conditionnel et autre précaution de locution. Et il est finalement bien spécifié que le « guide » n’a pas vocation à être formel. On imagine et on propose... La pertinence des idées dégagées devra ensuite être évaluée, selon le président Gilbert Bouteille. Saluons le soin de l’Ordre à se cantonner au présent, d’esquisser dans ce livre des pistes dynamiques et de laisser aux autres le soin d’écrire l’avenir de la profession.

 23 propositions pour la santé bucco-dentaire

Formation
1. Envisager une mutation profonde de la formation initiale.
2. Réfléchir à une nouvelle approche de la conception de l’exercice. Une réflexion doit être menée sur la possibilité pour le chirurgien-dentiste de déléguer certaines tâches à l’équipe dentaire.
3. Mettre l’accent sur la prise en charge du patient.
4. Revoir le système de formation continue.

Prévention
5. Créer une culture commune de la « santé Financement orale » centrée sur le patient. L’appellation « chirurgien-dentiste » est trop limitative, « spécialiste de la santé orale » conviendrait davantage.
6. Attribuer d’autres fonctions à des professionnels existants.
7. Individualiser la prévention.
8. La profession doit pleinement participer aux grandes campagnes nationales.
9. Prendre du plaisir pour donner du plaisir aux patients.

Démographie
10. Orienter le stage actif d’une journée par semaine vers un stage en continu.
11. Créer une « année civique » ou de « tutorat », post-formation dans les zones très sous-dotées.
12. Renforcer le contrôle du niveau de formation des praticiens à diplôme étranger et dresser un bilan européen des formations cliniques. Une modification de la directive européenne 2005/36 permettrait de pallier les insuffisances professionnelles en imposant une formation clinique suffisante à tout diplômé souhaitant s’installer.
13. Mettre en place un conventionnement sélectif dans les zones très surdotées.

Financement
14. Réaliser un travail de sensibilisation. Faire comprendre à l’ensemble des acteurs que la santé bucco-dentaire fait partie intégrante de la santé en général.
15. Mettre l’accent sur la prévention.
16. Imaginer des consultations différenciées selon la situation du patient.
17. Réorienter la pratique vers les soins conservateurs.
18. Responsabiliser les assurés sociaux.

Cabinet du futur
19. Mettre l’accent sur l’humain pour com- penser l’omniprésence de la technologie. Accorder une large place à la psychologie, à la pédagogie et à la conviction.
20. Organiser la pratique en réseau. Les cabinets du futur travailleront en réseau avec les patients (via des échanges par Internet) comme avec les autres professionnels de santé ou l’hôpital.
21. Mettre en œuvre une démarche d’amélioration continue. Aujourd’hui, la profession souffre d’une absence de définition des bonnes pratiques et de contrôle des pratiques.
22. Revoir la formation initiale et continue.
23. Apprendre à travailler en équipes ouvertes sur l’humain.

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