Présidentielle 2017 : quels programmes santé ?

À l'aube des deux tours de l'élection présidentielle, quels sont les grands choix des onze candidats en matière de politique de santé et plus particulièrement pour la médecine bucco-dentaire ?


Pour le savoir, parallèlement au questionnaire envoyé par la CNSD à l’ensemble des candidats, le CDF a pris contact avec leurs équipes de campagne depuis plusieurs semaines. Malheureusement, tous les candidats n’ont pas répondu à temps. Aussi, la présentation qui suit a pour source leur programme de campagne, les présentations faites lors des grands oraux du CNPS et leurs diverses déclarations aux médias. Quatre thèmes ont été particulièrement décortiqués : le remboursement des soins, la démographie sanitaire, la prévention et leur perception des libéraux de santé…

 

Le remboursement des soins

Si tous les candidats partagent le même objectif de mieux rembourser les patients, plusieurs clans s'affrontent sur la manière d'y arriver, entre les candidats du « zéro reste à charge » ou de la simple augmentation…


Pour le leader d’En Marche !, « aucun soin utile », qu’il soit « petit ou gros », ne doit être déremboursé. Il souhaite que, d’ici 2022, les lunettes, les prothèses dentaires et les appareils auditifs soient remboursés à 100 % par l’Assurance maladie obligatoire (AMO) et complémentaire (AMC). Pour y parvenir, il parie sur une mise en concurrence plus claire des complémentaires santé : celles-ci seraient tenues de proposer trois contrats-types transparents. De même, pour les professionnels de santé, un nouvel effort de transparence sur les prestations de soins et leur coût serait demandé. Le candidat Les Républicains vise, lui, un remboursement le « plus proche possible » de 100 % d’ici 2022 pour les dépenses les plus coûteuses, dont l’optique, les prothèses dentaires et audio, ainsi que pour les dépassements d’honoraires, grâce à « un nouveau partenariat entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires ». Enfin, la candidate FN propose de « garantir le remboursement de l’ensemble des risques pris en charge par l’Assurance maladie » et, pour les soins les plus coûteux, d’augmenter le montant des remboursements par l’AMO et l’AMC. Cette mesure serait financée « en simplifiant l’administration » de l’Assurance maladie et en investissant dans les nouveaux outils numériques. Marine Le Pen souhaite en outre encadrer les complémentaires afin qu’elles réduisent leurs coûts de gestion et qu’il leur soit interdit « de faire de la publicité afin que les cotisations servent au maximum aux remboursements des patients, et ne financent pas de la communication et du marketing ».


L'option « 100 % Sécu »

Jean-Luc Mélenchon et les « petits candidats » (Jean Lassalle, Jacques Cheminade, François Asselineau et Philippe Poutou) misent sur une prise en charge de toutes les dépenses de santé (y compris en dentaire) à 100 % par l’Assurance maladie. Pour Philippe Poutou, par exemple, « tous les actes correspondants à des gestes de bilans de diagnostic et de traitements qui auront fait preuve de leur utilité pour la santé bucco-dentaire de nos concitoyens doivent être inscrits dans la CCAM, pris en charge et remboursés intégralement par l’Assurance maladie obligatoire. Tous les actes qui seront inscrits doivent être valorisés au niveau du coût du plateau technique et humain nécessaire à leur réalisation. Il en est de même pour les actes qui y figurent déjà, mais qui ne sont pas pris en charge. » Tout en précisant que « ce qui est valable pour les soins conservateurs doit l’être pour la prothèse ». Nathalie Arthaud compte, elle, rendre gratuits tous les soins prescrits en ponctionnant les profits des trusts pharmaceutiques.

L'augmentation simple

Nicolas Dupont-Aignan et Benoît Hamon ne promettent pas le « zéro reste à charge » mais proposent d’augmenter la part de remboursement de la Sécurité sociale sur ce type de soins. Nicolas Dupont-Aignan compte notamment « assurer un taux de prise en charge à 100 % des soins dentaires prothétiques assorti d’une augmentation de 107,50 à 160 euros de la base de remboursement des couronnes dentaires ». Le tout financé par la hausse du nombre de cotisants liée à une relance économique et la création de deux millions d'emplois, mais aussi par la lutte contre les abus de l'assistanat et ceux des laboratoires pharmaceutiques. Benoît Hamon souhaite que « le système de Sécurité sociale et les professionnels agissent de concert en proposant des meilleures prises en charge pour diminuer le reste à charge » sur ce type de soins.




La prévention en santé fait l'unanimité

Renforcer la prévention en santé. Voilà au moins un sujet sur lequel les candidats à l'élection présidentielle ne s'écharpent pas.


De nombreux candidats proposent de
 renforcer la médecine du travail et de relancer de grandes campagnes de prévention en matière d’alimentation, de médicamentation et de conduites à risques (tabac, alcool, drogue). « Les plans de prévention doivent être des plans nationaux, coordonnés et déclinés par des structures nationales, régionales et locales de santé publique mises en oeuvre au plus près des citoyens par des professionnels de santé – médecins, chirurgiens-dentistes, infirmières, assistantes dentaires et hygiénistes quand ils existeront, diététiciens... – et des professionnels de la prévention, éducateurs, psychologues… », estime Philippe Poutou.

Pour inciter les professionnels de santé à renforcer leur rôle en la matière, certains, comme François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan, proposent de jouer sur la rémunération des médecins libéraux. Ce dernier propose même de rembourser à chaque Français âgé de plus de 40 ans un bilan de santé régulier. Quant à François Fillon, il entend rembourser une consultation de prévention tous les deux ans pour tous les Français, assurée par le médecin traitant. « Plus complète, elle durera plus longtemps qu’une consultation moyenne et sera rémunérée en conséquence », détaille-t-il. Pour le leader d’En Marche !, la solution passe par un « service sanitaire » de trois mois obligatoires pour tous les étudiants en santé, afin de faire du dépistage et de la prévention, en priorité dans les zones rurales et les quartiers difficiles.

Médecine en milieu scolaire

Jean-Luc Mélenchon table sur le renforcement de la médecine scolaire et la protection maternelle infantile (PMI). Un objectif partagé par Nicolas Dupont-Aignan, qui suggère de revaloriser de 15 % le salaire des médecins scolaires. Philippe Poutou affirme qu’il est nécessaire « d’accroître le nombre de médecins et d’infirmières scolaires » et de créer un « corps de chirurgiens-dentistes scolaires, de chirurgiens-dentistes de PMI, afin d’intégrer ce domaine de la santé au plus près des jeunes enfants en développement ». Il souhaite également « importer sur le territoire le métier d’hygiéniste afin de développer la prévention ».

François Fillon, lui, envisage un Plan santé à l’école, débutant dès la maternelle et reposant sur l’éducation (nutrition, activité physique, sommeil) et la prévention des addictions (écran, tabac, alcool, cannabis et autres drogues).

Santé et environnement

« Les cancers, le diabète ou l’obésité touchent aujourd’hui 15 millions de nos concitoyens du fait d’une mauvaise alimentation, de la pollution de l’air ou du tabagisme », rappelle Benoît Hamon. Il suggère donc de valoriser le sport pour tous dans le cadre d’un Plan national sport et santé et d’accroître la prévention des maladies chroniques. Il lancera une grande conférence nationale Écologie-prévention-santé dans les six mois après l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon milite, lui, pour un Plan national de prévention des maladies liées à la pollution et aux pesticides, à l’alimentation, à la souffrance au travail et au stress, ainsi que pour un Plan national de lutte contre la résistance microbienne en faisant le bilan de l'élevage productiviste.

Pour sa part, Marine Le Pen veut « interdire l’exploitation du gaz de schiste, tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies » et les OGM. Enfin, François Asselineau souhaite une grande politique publique de médecines douces et alternatives, encadrée par des expertises médicales incontestables, afin d’être plus indépendant par rapport aux grands laboratoires pharmaceutiques…


POUR ou CONTRE la généralisation du tiers payant ?

POUR

• Benoît Hamon

• Jean-Luc Mélenchon

• Nathalie Arthaud

• Philippe Poutou

• Jacques Cheminade

CONTRE

• François Fillon

• Nicolas Dupont-Aignan

• Marine Le Pen

NI POUR NI CONTRE

• Emmanuel Macron

POUR ou CONTRE le règlement arbitral ?

Seul François Fillon s’engage à le supprimer par une loi rectificative.

 

La démographie sanitaire, thème de campagne

L'amélioration de l'accès aux soins et la lutte contre les déserts médicaux ont fait éclore de nombreuses idées chez les candidats.

Maisons et centres de santé. Face à la pénurie de professionnels de santé, les candidats LR, FN et En Marche ! misent sur les maisons de santé pluri-professionnelles et/ou pluri-disciplinaires. Emmanuel Macron souhaite doubler leur nombre d’ici 2022 tandis que François Fillon imagine des « structures de petites urgences ». Il souhaite laisser une grande liberté d’organisation aux professionnels de santé pour créer les structures les plus adaptées. Pour Jacques Cheminade, l’idée est d'intégrer à ces maisons de santé des « maisons de garde » permettant « de traiter les petites urgences, d'effectuer les diagnostics, en particulier de maladies chroniques, et d'organiser les soins en première ligne ». Benoît Hamon propose quant à lui d’adosser des permanences de libéraux de santé (éventuellement de chirurgiens-dentistes) au sein des hôpitaux, maisons et centres de santé pour les zones qui en ont besoin.

Réforme du numerus clausus. Plusieurs candidats (Emmanuel Macron, François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen, Jacques Cheminade) proposent une hausse du numerus clausus. Jacques Cheminade souhaite « jusqu'à dix mille places » supplémentaires pour « redonner un essor aux filières déficitaires et compenser les départs massifs à la retraite d'ici 2020 et surtout 2025 ». Jean Lassalle envisage quant à lui de supprimer le numerus clausus à l'entrée des études médicales au profit d’un « numerus clausus localisé » à la sortie des études (comme en Belgique).

Incitation à l’installation. Certains prônent une « baisse des cotisations Urssaf » (Dupont-Aignan), un « soutien financier et logistique » (Hamon) ou, de manière générale, des « déductions de charges » (Le Pen) pour favoriser l’installation des professionnels médicaux en zones sous-dotées.

Mesures de coercition. Benoît Hamon milite en faveur du déconventionnement de ceux qui s’installent en zone surdotée. Philippe Poutou souhaite « trouver un mode de régulation » semblable à celui qui existe déjà pour l’installation des pharmaciens pour « un maillage du territoire par des structures de santé et de professionnels de santé qui réponde aux besoins des populations ». Quant à Jean-Luc Mélenchon, il vante « une médecine publique, avec des centres de santé » et un « corps de médecins généralistes fonctionnaires rémunérés pendant leurs études ».

Consultations avancées. Pour assurer un meilleur équilibre territorial, Nicolas Dupont-Aignan propose « de systématiser des consultations avancées de généralistes et spécialistes venant des zones bien dotées vers des zones sous-médicalisées avec des frais de fonctionnement et de transport pris en charge ».

Stages et services civiques. Marine Le Pen compte instaurer des stages d’internat dans les zones sous-dotées mais aussi un « service civique de santé pour les jeunes médecins qui souhaitent exercer en désert médical ». Ce dernier « se fera sur une forme salariée et sur la base du volontariat ».

Quid de l'installation des praticiens à diplômes européens ?

« Relever le numerus clausus d’accès aux études de santé » permettrait d’« éviter le recours massif » aux praticiens étrangers et « le remplacement des nombreux départs à la retraite prévus », estime Marine Le Pen. Pour Emmanuel Macron et François Fillon, « desserrer le numerus clausus en France », « qui n’a plus de fonctionnalité en Europe », permettra d’augmenter la part des professionnels de santé formés en France. Le candidat LR entend d’ailleurs « vérifier la qualité des formations des professionnels de santé qui s’installent sur notre territoire » (reste à savoir de quelle façon) et « s’intéresser aux professionnels de santé extracommunautaires en leur imposant des contrôles qualité ». Une idée partagée par Nicolas Dupont-Aignan, qui veut « mettre en place des systèmes d’agrément stricts pour les médecins étrangers et renforcer les contrôles des équivalences pour s’assurer des compétences des praticiens ».

L'avenir des libéraux de santé

Tous les candidats n'ont pas la même vision du monde libéral, loin s'en faut. Médecine publique ou allègement du temps administratif, les solutions préconisées sont souvent en parfaite opposition.

Soins de proximité. Marine Le Pen souhaite « maintenir au maximum les hôpitaux de proximité » tout en préservant « la complémentarité du double système de santé public et libéral » et « le maillage territorial des acteurs indépendants de la santé. Elle veut « favoriser la coopération entre professionnels de santé, en reconnaissant les compétences spécifiques de chacun ». Philippe Poutou est quant à lui « pour un service public de santé intégrant les cabinets libéraux de proximité de premier et de second recours, des centres de santé et des structures hospitalières répartis en fonction des besoins et avec des adaptations spécifiques sur l’ensemble du territoire ».
 
Climat de confiance. François Fillon se pose en grand défenseur des libéraux de santé. Il souhaite mieux « associer les représentants des professionnels de santé du secteur privé au processus de décision des Agences régionales de santé (ARS) ». Il veut favoriser financièrement le regroupement des professionnels libéraux et/ou leur organisation, faciliter l’installation des jeunes par une organisation systématique d’une partie de leur formation auprès des professionnels libéraux, moderniser les pratiques grâce aux nouvelles technologies et rembourser les actes (télémédecine). En outre, il entend « retrouver avec les professionnels libéraux un climat de confiance basé sur le respect des engagements conventionnels ». Il est, sur ce point, rejoint par d’autres candidats : Marine Le Pen, Benoit Hamon (qui s’est dit « très attaché au système conventionnel »), Nicolas Dupont-Aignan ou encore Emmanuel Macron. « Le cadre contractuel, dans son principe, constitue un élément important qui doit être préservé », a détaillé Olivier Véran, conseiller Santé d’En Marche !, lors d’une rencontre organisée par le Centre national des professions libérales de santé (CNPS).

Temps médical. Plusieurs candidats se sont exprimés en faveur de la simplification des tâches administratives des libéraux de santé pour leur permettre de se consacrer à leur coeur de métier : la santé, notamment en les accompagnant dans leur informatisation (Macron, Fillon, Dupont-Aignan, Le Pen), en leur permettant de recruter du personnel administratif avec des incitations fiscales (Le Pen), en permettant les délégations de compétences afin que les professionnels médicaux puissent embaucher des collaborateurs et être les pivots d’équipes médicales (Dupont-Aignan) ou en retirant le caractère obligatoire du tiers payant généralisé. Emmanuel Macron propose quant à lui de « travailler avec les libéraux de santé » pour identifier les meilleures solutions destinées à leur « libérer du temps médical ».

Expérimentations. Emmanuel Macron soutiendra « les initiatives et les expérimentations des professionnels de santé, médicaux, paramédicaux, hospitaliers et libéraux », afin de « renforcer la coordination des soins et de mieux accompagner les malades dans leur parcours ». Il prévoit en outre une enveloppe de cinq milliards d’euros, hors Ondam, pour la modernisation du parc hospitalier, la numérisation et l’aide à l’acquisition d’équipements modernes pour les professionnels libéraux.

Forfaits en ville. Pour améliorer la qualité des soins à l’hôpital et en ville, le candidat Hamon veut réformer les modes de financements et de rémunérations « pour les rendre compatibles avec la prise en charge des maladies chroniques et complexes » : fin du « 100 % T2A » à l’hôpital, mais aussi augmentation de la part des rémunérations au forfait en ville. 





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