Huit Français sur dix ne font pas leur visite annuelle

Les enquêtes déclaratives affirmant que 65 % des Français vont annuellement chez le chirurgien-dentiste sont en contradiction avec les chiffres de l'AMO qui permettent une estimation de seulement 20 %. Alors que ce hiatus mériterait de faire l'objet d’une étude en sciences humaines, le plus important reste d'améliorer le recours aux soins précoces et d'intervenir sur les freins à la consultation au cabinet dentaire.

Suite à l’article du précédent CDF intitulé « Quatre Français sur dix ne font pas leur visite annuelle », il semble indispensable de rappeler que ce titre était basé sur une enquête déclarative et qu’il aurait dû être : « Quatre Français sur dix déclarent ne pas faire leur visite annuelle ». L’intérêt de ces enquêtes réside dans la mesure de la perception par les Français de leur santé dentaire ; elles doivent donc être analysées avec tout le recul nécessaire. Or, à longueur d’années, on lit, tant dans la presse professionnelle que grand public, que, selon les sondages ou enquêtes réalisées, 60 à 65 % des Français vont chez le dentiste tous les ans. Cette affirmation fait son chemin et se transforme en une réalité qui porte préjudice au dossier dentaire et à la santé bucco-dentaire de nos concitoyens. En effet, quel responsable de politique de santé ne se satisferait pas d’avoir un taux de 65 % de la population qui respecte une recommandation de santé publique ? Et pourquoi voudriez-vous qu’il introduise des mesures autoritaires, peut-être impopulaires comme une visite annuelle obligatoire pour améliorer ce chiffre ?

Dure réalité des chiffres

La réalité est tout autre. Les chiffres de l’assurance maladie obligatoire (AMO) révèlent que moins de 35 % des assurés sociaux ont recours à une consultation ou un acte dentaire dans l’année. Depuis 10 ans, ce taux varie entre 30 et 35 %, sachant qu’y sont inclus les patients soignés tous les ans, mais également tous les deux, trois, quatre ans… et bien plus encore. On peut dès lors estimer que moins de 20 % des Français respectent la recommandation de la visite annuelle. Et c’est ce vrai chiffre, facile à vérifier auprès de l’AMO, qui devrait servir de base de réflexion. Nous sommes totalement aveugles sur le besoin de soins bucco-dentaires des Français et ne pouvons le corroborer avec moins de 20 % de la population. A contrario, la « pseudo réalité » des 65 % donne l’illusion que nous avons une canne blanche et un labrador pour trouver notre chemin. De surcroît, elle exonère nos politiques de tout investissement dans la recherche du besoin de soins.

Analyse des comportements

Toutefois, il n’est pas question de condamner les enquêtes déclaratives. Il faut au contraire en faire un élément de l’analyse des comportements des patients. Il serait intéressant de comprendre ce différentiel entre le déclaratif (65 %) et la réalité (20 %). Car ce ne sont pas ces enquêtes qui sont attaquables, mais certaines analyses et surtout les conclusions simplistes qui en sont tirées. On peut également regretter la communication qui en découle. L’analyse du différentiel serait pleine d’enseignement et mériterait un vrai travail de professionnel de sciences humaines. Nonobstant, ces enquêtes apportent une satisfaction : la recommandation de la visite annuelle est bien connue puisque 65 % des sondés apportent la réponse attendue. La profession a donc réussi à faire passer ce message.

Faire coïncider chiffres et déclarations

Mais tous les sondés n’ont pas consciemment « menti ». En effet, on constate un problème de perception du temps. Le plus souvent, lorsque l’on demande au patient à quand remonte sa dernière consultation, la réponse se trouve être la moitié de la réalité. Seuls les patients consultant à date fixe (anniversaire, rentrée des classes, janvier, etc.) sont conscients de la fréquence annuelle de leur visite. Le plus important est d’améliorer le recours aux soins précoces et d’intervenir sur les freins à la consultation au cabinet dentaire. Par exemple, on pourrait imaginer délivrer une éducation à la santé aux assurés sociaux qui, pour des raisons sociales ou culturelles, n’ont pas l’habitude d’avoir un suivi dentaire. Il serait bon également de la compléter par de l’éducation thérapeutique au cabinet dentaire lorsque c’est nécessaire. De même, combattre la peur, d’intensité variable certes, mais qui touche plus de 60 % de la population, engendrant pour la moitié d’entre eux le recul au maximum de la consultation, s’avère toujours nécessaire. Enfin, il faut continuer à s’insurger contre les dégâts réalisés par l’affirmation que « les soins dentaires sont chers », reprise constamment par les médias, qui fait que certains patients n’osent pas consulter pour de simples soins pris en charge totalement. Ces sujets sont primordiaux pour la profession et la santé de nos concitoyens…


Par Jean-François Seret, secrétaire général adjoint de l'ADF

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