Toxicité des LED : Praticiens, ouvrez l'œil !

 

led lampes cabinetsUn chirurgien-dentiste passe 2 000 heures par an sous un éclairage LED, dont les ondes bleues dévorent son capital « lumière ».

Dans l’attente d’une réglementation protectrice, Guy Cerf, représentant ADF à l’Afnor et à l’ISO, vous prodigue quelques conseils pour choisir les ampoules dans votre cabinet.

 

En 2005, la Commission européenne a imposé l’abandon progressif des ampoules incandescentes et leur remplacement par des ampoules LED, cinq à dix fois moins consommatrices d’énergie. Actuellement, dans nos cabinets dentaires, les éclairages à LED s’imposent au niveau de nos scialytiques, luminaires plafonniers ou instruments rotatifs.
Mais attention, toutes les LED ne sont pas de même qualité et beaucoup présentent, en particulier, un risque spécifique lié à un pic de bleu, non perceptible par nos yeux.

 

Rétine non protégée

 

La contraction de la pupille est un mécanisme physiologique de protection de l’œil contre l’agressivité lumineuse. La structure spectrale des LED froides (6 500° K) présente une pointe de bleu non détectée par l’œil, ce qui trompe le réflexe pupillaire. La rétine n’est plus protégée d’un excès d’éclairement de ces bleus toxiques.
La lumière bleue possède une courte longueur d’onde et produit donc une plus grande quantité d’énergie. Ces longueurs d’onde bleue, de haute énergie visible (HEV), scintillent plus facilement que les longueurs d’onde plus faible. Ce type de scintillement provoque un éblouissement qui peut réduire le contraste et affecter l’acuité visuelle, et être la cause de fatigues visuelles, maux de tête, et d’accélération du vieillissement de l’oeil (DMLA, cataracte, rétinite).

 

graph couleur led 1

Dérégulation du rythme biologique

 

D’autre part, la répartition spectrale de la plupart des LED n’est pas équilibrée, et l’éclairement manque de certaines couleurs.
Ces LED donnent du blanc par un mélange de bleu et de jaune principalement.
Or, il faudrait que la proportion de toutes les couleurs du spectre soit similaire à celle de la lumière naturelle du jour, sans quoi toute différence entre la lumière artificielle et la lumière naturelle dérégulera nos rythmes physiologiques : sommeil, vigilance, digestion, humeur, etc. De plus, c’est la porte ouverte à l’altération de la vision des couleurs qui, dans notre exercice, est un point essentiel.
Les études scientifiques, en particulier celles de l’Inserm*, démontrent que le potentiel de toxicité sur la rétine dépend à la fois de l’intensité de la lumière et des longueurs d’ondes qui la composent. Elles prouvent aussi que l’excès de lumière bleue HEV est un facteur aggravant notable de la cataracte, de l’accélération de la DMLA et, en général, du vieillissement prématuré de l’œil, avec nécrose cellulaire. Or, il faut savoir qu’en se nécrosant, une cellule endommage ses voisines.
Nous avons un « capital lumière » tout comme notre peau possède un « capital soleil ». Il faut le protéger.

 

Modifier les normesgraph couleur led 2

 

La norme internationale ISO 9680 sur les appareils d’éclairage dentaire avait écarté, au niveau du rendu des couleurs, les éclairages à LED car, actuellement, aucune norme de « qualité » n’a été publiée sur les LED. Ainsi, certains fabricants mettent sur le marché des éclairages opératoires de mauvaise qualité, et même dangereux pour nos yeux. Nous passons près de 2 000 heures par an sous l’éclairage de ces derniers et le danger vient, en particulier, de l’omniprésence de cette lumière bleue (HEV) et de sa réflexion sur les dents.
L’ADF, par le biais de ses représentants au niveau des commissions Afnor et ISO, où ils siègent avec certains fabricants, notamment français, se bat pour une modification rapide de la norme sur les éclairages opératoires.
Lors de la dernière réunion internationale ISO, il a été décidé d’inclure les normes de qualité spectrale spécifique aux LED, qui doivent sortir incessamment, ainsi qu’une information sur les dangers des longueurs d’onde bleue HEV. Ces dernières devraient être limitées au maximum. Avant que la normalisation ne fasse son œuvre, il convient donc de se montrer très vigilant.

 

Par Guy Cerf
Expert représentant l’ADF à l’Afnor et l’ISO (sous mandat CNSD)

 

 

Conseils

 

Zones d’accueil, salle d’attente et à votre domicile
Préférez le blanc chaud 2 700 à 4 000° K, qui ne présente pas de pointe de bleu dans ces températures de couleur.
Veillez toutefois à ce que les LED soient masquées par un diffuseur opaque pour éviter l’éblouissement.

 

Dans la salle de soins

  • Privilégiez les LED de température de couleur 4 500-5 000° K (blanc neutre) et les LED reproduisant la lumière naturelle du jour et dispensant un spectre de lumière le plus équilibré possible.
  • Évitez d’utiliser les LED de vos loupes : elles sont à 6500° K, voire plus, donc nocives.
  • Pour les instruments rotatifs, optez pour des lampes LED à 4 500° K maximum.
  • Faites très attention à la puissance lumineuse, que ce soit pour les éclairages opératoires ou pour les lampes à polymériser qui, elles, n’émettent que dans le bleu HEV (385-515 nm).

 

Lors de la conception ou du réaménagement d’un plateau technique, il faut instaurer un équilibre lumineux adéquat entre les éclairages de la salle de soins, le plafonnier, le scialytique et les instruments rotatifs pour assurer un confort visuel et bien gérer les contrastes. Les fournisseurs doivent vous accompagner dans vos choix, pourvu que vous leur montriez votre niveau d’exigence.

 

En conclusion, la formule optimale conjuguera obligatoirement spectre de lumière, puissance d’éclairement et gestion des contrastes.

 

 

 

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