C'était Madame Simone Veil

Unanimement reconnue comme étant la femme d'exception qui a marqué en profondeur la seconde moitié du XXe siècle, la CNSD se souvient qu'elle a été ministre de la Santé et de la Famille sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing.


Je garde le souvenir marquant de la rencontre qu’elle avait accordée le 22 septembre 1978 à une délégation du Bureau confédéral composée de Jacques Monnot, Philippe Dupuis et moi-même. Au cours de notre jeune carrière de responsables confédéraux, nous avions rencontré nombre de ministres. Mais cette fois, nous avions rendez-vous avec une femme qui possédait l’aura très impressionnante d’une déportée à Auschwitz et d’une ministre qui, face à l’hémicycle très masculin de l’Assemblée nationale, avait fait voter avec autorité, mais aussi avec sa sensibilité de femme, sa loi sur l’interruption volontaire de grossesse.

Nous nous sommes rendus au ministère de la Santé sans appréhension, mais émus d’avoir à rencontrer Simone Veil. Elle nous a accueilli à l’heure précise dans son bureau au mobilier moderne, impeccablement coiffée. Son visage était encore juvénile.

Nous voulions rencontrer la ministre pour lui faire part des réalités de notre profession mal comprise par les structures du pouvoir. Nous avons évoqué tout ce qui concernait la politique de santé bucco-dentaire : les problèmes conventionnels, la revalorisation des actes conservateurs et de prévention, l’insuffisance des tarifs opposables des honoraires des actes d’orthodontie, la formation de nos assistantes, les moyens d’améliorer la formation continue... Nous avons été écoutés avec intérêt.

Puis, la prévoyance a été abordée, notamment la question des retraites. Jeunes responsables, nous étions indignés d’être 
obligés de participer sur nos propres collectes à l’équilibre des caisses de retraite du monde agricole ! La réponse de Madame Veil a été cinglante. Son regard gris vert est devenu étincelant, puis sombre. 

Avec vivacité, elle nous a répondu que dans une société humaine, il fallait participer à l’effort commun et que les plus forts protègent les plus faibles. Assis dans des fauteuils confortables, nous n’avions 
plus qu’à nous y enfoncer encore plus profondément en baissant la tête.

J’avais remarqué que la peinture laquée gris beige de son bureau moderne était écaillée là où elle posait ses mains. Ses 
manifestations d’humeur devaient s’accompagner de la frappe de ses bagues sur les bords de son bureau lorsqu’elle exprimait sa véhémence. C’était une femme de caractère.




De cette rencontre, nous avions tiré une 
leçon : mieux préparer nos entrevues ministérielles afin de connaître l’état d’esprit du ministre que nous devions rencontrer et préparer avec encore plus de précisions nos dossiers.

Simone Veil allait bientôt quitter son poste, Raymond Barre, devenant Premier ministre, succédant à Jacques Chirac. Il ne portait pas une attention très favorable aux chirurgiens-dentistes. Le président Giscard d’Estaing avait même déclaré que « les chirurgiens-dentistes ne le faisaient pas pleurer »...

Quelques années plus tard, en 1981, nous allons rendre visite à un nouveau ministre femme de la Santé, Madame Questiaux. L’ambiance n’était plus la même, les socialistes avaient pris le pouvoir. Nos problèmes restaient très présents…

Au ministère, on avait supprimé les huissiers. Cela ne faisait pas assez « peuple ». Les délégations de syndicats de salariés oriflammes en tête envahissaient les salons d’attente et les couloirs. Quant au bureau laqué de Madame Veil, le nouveau pouvoir mit fin à son emploi ministériel. Le meuble avait été déposé avant son déménagement définitif dans le petit salon d’attente où l’on nous avait confinés. Il était facile de le reconnaître, les écailles de la peinture laquée étaient toujours là, témoins de la trempe d’un ministre d’exception.

Pour la petite histoire, il faudra attendre le ministère de Pierre Bérégovoy pour que, sur l’impulsion de la CNSD, les actes d’orthodontie 
sortent de l’opposabilité.

Au moment où je fais part de mes souvenirs, le Bureau confédéral rencontre la nouvelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Oui, c’est vraiment un combat de longue haleine que le combat syndical.


Guy Robert,
secrétaire général d'honneur

Site développé par Médialis