Déserts médicaux : un plan de lutte très médico-centré

Le Premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, ont présenté, le 13 octobre, le Plan pour l’égal accès aux soins dans les territoires. Analyse avec Doniphan Hammer, président de la Commission formation et implantation professionnelles de la CNSD.

L’idée force du Plan pour l’égal accès aux soins dans les territoires, présenté à Châlus (Haute-Vienne) le 13 octobre par le Premier ministre et la ministre de la Santé, est de « construire des projets de santé adaptés aux besoins des territoires » sous l’égide des Autorités régionales de santé (ARS) et leurs partenaires institutionnels régionaux. Avec comme leitmotiv que « chaque professionnel de santé exerçant dans un territoire ou souhaitant s’y installer pourra élaborer son propre projet professionnel et mieux l’articuler avec sa vie privée ». Pour lui donner corps, le gouvernement a décliné un plan de bataille articulé en quatre priorités.
 
Médecine, télémédecine, maisons de santé

La première priorité du gouvernement est de renforcer l’offre de soins médicale dans les territoires. Ce qui implique, pêle-mêle, d’aider à l’installation et à l’exercice des professionnels de santé dans les zones en tension par le biais de nouvelles aides conventionnelles et d’un nouvel arrêté de zonage ; de faciliter le cumul emploi/retraite des médecins libéraux ; de favoriser les stages extra hospitaliers ; ou encore de faciliter l’exercice mixte (salarié/libéral). La deuxième priorité est de mettre en oeuvre la révolution numérique en santé. Le Plan prévoit ainsi d’inscrire la télémédecine dans le droit commun dès 2018 et d’accompagner l’équipement des établissements sanitaires et médico-
sociaux, des maisons de santé pluri-professionnelles et des centres de santé dans le déploiement de la télémédecine. Autre piste : généraliser le dossier médical personnel (DMP) en 2018.

Le gouvernement souhaite, par ailleurs, favoriser une meilleure organisation des professions de santé pour assurer une présence soignante pérenne et continue. Ce qui implique, entre autres, de soutenir le développement des maisons de santé pluri-professionnelles, des centres de santé et de tous les modes d’exercice coordonné. Enfin, ce Plan propose de faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets et innover.
 
Quid des chirurgiens-dentistes ?

La ministre de la Santé s’est engagée à présider un comité de pilotage ministériel pour la mise en oeuvre de ce plan. Mais, il faut le reconnaître, celui-ci s’adresse principalement aux médecins et fort peu aux chirurgiens-dentistes. Cela explique peut-être pourquoi Catherine Mojaïsky, présidente de la CNSD, n’a reçu son carton d’invitation à ce grand raout de présentation que deux jours avant l’événement… Il est vrai aussi, comme le souligne Doniphan Hammer, président de la Commission de formation et implantation professionnelles de la CNSD, que la problématique des médecins « n’est pas la même que celle des chirurgiens-dentistes ». Selon lui, « faire un copié-collé de ce qui est mis en place pour les premiers et l’appliquer aux seconds serait une grave erreur. En effet, les médecins sont réellement en sous-effectif. Les chirurgiens-dentistes, eux, ne sont pas dans cette situation, d’autant que leurs effectifs augmentent chaque année. Ils doivent surtout faire face à un problème de répartition avec des zones sous-denses et d’autres sur-denses. »
 
La répartition en question

C’est sur cet aspect qu’il faut agir par le biais des différents leviers définis par la CNSD. « En l’occurrence, explique Doniphan Hammer, il faut développer les mesures incitatives (aides à l’installation y compris pour les collaborateurs, cumul emploi-retraite), lesquelles présentent des analogies à ce que le gouvernement propose pour les médecins. Ensuite, prolonger certains dispositifs comme les contrats d’engagement de service public (CESP) et les aides fiscales telles que la prise en charge partielle de certaines cotisations.

Enfin, comme le préconise la CNSD, promouvoir la régulation conventionnelle quand bien même celle-ci fait polémique. » Le principe est simple : chacun peut s’installer où il veut sachant que dans les zones sur-denses, qui ne représentent que 10 % du territoire, on ne pourra pas être conventionné. « La CNSD y est favorable dans la mesure où cette mesure est cohérente, explique le président de Commission IV. En effet, dans les zones sur-denses, les confrères ne parviennent pas toujours à remplir leur carnet de rendez-vous. On peut constater des sur-traitements et c’est là que les tarifs de prothèses sont souvent les plus élevés. Il est donc faux d’affirmer que la concurrence fait baisser les prix et il est nécessaire de trouver un équilibre. À ce titre, la régulation conventionnelle est un moyen d’y parvenir. Bien évidemment cette mesure ne pourra être mise en place que si elle est appliquée de façon identique aux centres de santé. »

Enfin, en ce qui concerne les chirurgiens-dentistes, il n’est pas certain que la question de l’accès aux soins se pose. Pour l’affirmer, il faudra d’abord se livrer à une étude des besoins de soins, laquelle n’est pour l’instant pas déterminée en matière de chirurgie-dentaire. C’est pour cela que, sous l’impulsion de la CNSD, l’Institut interrégions de la santé orale (IIRSO) a été créé afin d’évaluer la demande de soins sur l’ensemble du territoire.


Vers un zonage « adapté aux autres spécialités »
 
En 2018, des travaux doivent débuter « pour élargir le zonage à d’autres spécialités afin de favoriser l’articulation entre soins primaires et spécialités de recours ainsi qu’avec les autres professionnels de santé » dont les chirurgiens-dentistes, ont annoncé le Premier ministre et la ministre de la Santé. Encore une fois, selon Doniphan Hammer, « il y a une grande différence entre les médecins et les autres spécialités ». En effet, les médecins sont prescripteurs d’autres soins. « Ce qui signifie concrètement que, lorsque vous avez un médecin, vous avez autour de lui des infirmiers libéraux, des masseurs-kinésithérapeutes, etc.

De même, les pharmaciens d’officine sont intimement liés aux médecins. Et ce, contrairement aux chirurgiens-dentistes qui, eux, ne sont pas prescrits par des médecins. Que nous soyons intégrés dans les parcours de soins est une évidence parce que la médecine buccale fait partie intégrante de la santé. Mais que nous soyons complètement associés aux médecins ne répond pas à leurs problèmes démographiques actuels ni au manque de médecins dans certaines régions. » Et d’ajouter que dans les maisons de santé pluridisciplinaires, vantées par le plan du gouvernement, « il n’y a pas beaucoup de chirurgiens-dentistes parce que l’implantation d’un cabinet dentaire dans ce genre de structure coûte très cher ». Enfin, conclut le président de la Commission de formation et d'implantation professionnelles de la CNSD, « 90 % de la population est située à moins de dix kilomètres d’un cabinet dentaire alors que pour les médecins, c’est vingt kilomètres. Nous avons donc un maillage plus efficace même si nous pouvons mieux faire. Sachant aussi que ce n’est pas non plus parce qu’il y a des zones sans chirurgien-dentiste qu’il faut en implanter car il n’y a pas suffisamment de patientèle. On en revient là à la notion de besoin de soins. ». 



 

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