Tabagisme : le chirurgien-dentiste « en première ligne »

 
Spécialiste de la cavité buccale, le chirurgien-dentiste joue un rôle essentiel dans la lutte contre le tabagisme. Prescripteur de substitut nicotinique, il dispose de tout un arsenal pour sensibiliser ses patients et les accompagner jusqu’au succès.
Dans la prévention contre les maladies liées au tabac, le quidam se tournerait plus volontiers vers son généraliste ou un spécialiste, tel que le cardiologue ou le pneumologue. Le lien entre la chirurgie dentaire et le sevrage tabagique n’aurait donc rien d’une évidence. Erreur ! Voilà une idée à écraser aussi promptement que sa dernière cigarette. Car en matière de lutte contre le tabac, le chirurgien-dentiste est aux avant-postes. « Il est même en première ligne du dépistage », insiste le professeur Philippe Bouchard, odontologiste des hôpitaux et responsable du département de paradontologie de l’université Paris-Diderot.

À cela, plusieurs raisons. D’abord parce que le chirurgien-dentiste est un spécialiste de la cavité buccale et que « le tabac, fumé ou non fumé, passe par la bouche », rappelle le praticien. Partant de ce postulat, le chirurgien-dentiste joue donc un rôle essentiel. Il n’est pas rare que ce soient les conséquences du tabagisme qui conduisent un patient chez son chirurgien-dentiste. « L’halitose tabagique, les enduits nicotiniques à la surface des dents, les lésions blanches des muqueuses orales, l’agueusie et/ou anosmie sont autant de raisons pour lesquelles les fumeurs nous consultent, sans parfois faire le lien entre le symptôme et leur consommation de tabac. » Enfin, la fréquence des rendez-vous de suivi dentaire – un ou deux par an – permet aux chirurgiens-dentistes de faire ce travail de prévention plus fréquemment. Aux premières loges, le praticien peut rapidement démontrer et montrer aux patients les menaces et parfois même les dégâts déjà causés par leur consommation de tabac (lire encadré ci-dessous).
Prescrire et agir
« Le cabinet dentaire est l’un des meilleurs endroits pour le sevrage tabagique », assure Philippe Bouchard. Depuis le 27 janvier 2016, les chirurgiens-dentistes peuvent prescrire des traitements nicotiniques de substitution (TNS). Ces derniers prennent la forme de gommes, de patchs, de sprays nasaux, d’inhalateurs ou encore de pastilles sublinguales. « Ces TNS augmentent le taux de succès à long terme de 50 à 100 %, souligne-t-il. En revanche, la prescription du bupropion - Zyban® - et de la varénicline - Champix® - n’est pas autorisée au cabinet dentaire. »

L’Assurance maladie prend en charge sur prescription médicale les TNS à hauteur de 150 € par an. « Le sevrage tabagique, ce n’est pas seulement prescrire, c’est aussi agir. » Ainsi le chirurgien- dentiste dispose-t-il de tout un panel d’outils pour sensibiliser les patients. « Outre l’information à dispenser à ceux qui ne sont pas prêts à arrêter, il faut encourager et aider ceux qui le sont, rapporte Philippe Bouchard. Plusieurs techniques sont utilisées. Toutes reposent sur l’identification de la dépendance qu’elle soit physique, psychologique et/ou comportementale, environnementale. »
Taux de réussite similaires aux cliniques spécialisées
Globalement, trois types d’interventions sont possibles. En premier lieu, l’intervention brève combinée à l’examen dentaire. « Cette dernière entraîne 2,5 fois plus de chances d’arrêter de fumer qu’individuellement. » Autre piste : l’entretien motivationnel au cabinet dentaire « qui aboutit à des taux de sevrage de 20 à 38 % ». Enfin, l’intervention intensive, soit cinq visites pendant trois mois, combinant un entretien et la prescription de deux traitements nicotiniques de substitution (patch et gomme). « Au bout de 12 mois, il a été constaté que 36,4 % des personnes cessent de fumer contre 13 % dans le cas d’un arrêt individuel, explique le chirurgien-dentiste. En résumé, le sevrage tabagique au cabinet dentaire apporte des taux de succès similaires voire supérieurs à ceux des cliniques spécialisées qui sont de l’ordre de 10 à 15 %. À noter que les patients atteints de maladie parodontale restent les plus réceptifs. »

Certains effets sont perceptibles dès l’abandon de la consommation du tabac. Au bout de deux jours, le goût, l’odorat et l’haleine s’améliorent. Il suffit de trois mois pour que l’état de la muqueuse buccale se restaure. Une année sans tabac permet de retrouver des gencives normales. Enfin, après cinq à dix ans, le risque de cancer buccal d’un ex-fumeur est comparable à celui d’un non-fumeur. De quoi mener le fumeur sur le chemin du sevrage…
 


Des pathologies multiples

Une consultation peut parfois suffire pour que le chirurgien-dentiste mesure les risques encourus par le patient. Coloration des dents, hyposalivation, développement mycosique, déchaussement dentaire, augmentation du nombre de carie… Les impacts du tabac sont très nombreux. Avec la consommation de tabac, le risque de cancer de la bouche est multiplié par 5 à 10 et celui de parodontite sévère par 2,8. « Dans les deux cas (cancers et parodontites), on observe un effet-dose : incidence, prévalence et sévérité augmentent avec le nombre de paquets consommé chaque année », indique le professeur Bouchard.

L’une des conséquences les plus graves de la consommation de tabac reste l’apparition de leucoplasies. « Six fois plus chez les fumeurs, ces lésions précancéreuses peuvent se transformer en lésions cancéreuses dans environ 17 % des cas. » Véritable problématique de santé publique, les cancers buccaux font l’objet d’un programme de détection précoce mis en place par l’Institut national du cancer (INCa).

Un outil multimédia a été imaginé à destination des chirurgiens-dentistes pour les accompagner dans cette détection précoce. Créé en 2008, il est disponible sur le site internet de l’INCa.


 

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