25 ans de blocage du SPR et du TO

Créé le vendredi 18 octobre 2013 07:10

campagne-daffichageSECULa CNSD lance cette semaine une campagne nationale d’affichage dans les cabinets dentaires.


Quel message souhaite-t-elle faire passer ? Pourquoi maintenant ? Quel est l’objectif ? N’est-ce pas contradictoire avec les signatures conventionnelles récentes ?


Questions à Catherine Mojaïsky, présidente confédérale.

 

CDF : Un peu d’histoire pour débuter ?
C. M. : Le SCP a été revalorisé à 14,10 F pour la dernière fois le 31 mars 1988. C’était il y a 25 ans.
En 1994, il a été éclaté en 3 lettres-clés (SC, SPR et TO) et seul le SC a bénéficié de revalorisations, la dernière remontant à 2003. Depuis cette date, certaines cotations d’actes ont augmenté, mais les lettres-clés sont restées à jamais figées ! Ce blocage du SPR et du TO peut être rapproché des courriers ministériels levant l’opposabilité sur l’ODF et la prothèse dans les mêmes années 80. Dorénavant, liberté était donnée aux cabinets dentaires d’équilibrer leurs coûts et charges avec les honoraires libres, ce qui évitait d’avoir à se préoccuper de donner des valeurs économiquement décentes aux actes à tarifs réglementés.
De fait, l’Assurance maladie et l’État ont jeté l’éponge et renoncé à s’investir dans la santé bucco-dentaire des Français.

Longtemps, la profession s’est adaptée à ce système qui a vu les valeurs des soins et de la chirurgie stagner, ceux de la prothèse et de l’orthodontie s’envoler, accompagnant l’augmentation des charges de structure. Mais depuis une bonne dizaine d’années, cette situation montre ses limites : dans un pays où la santé se veut « gratuite » et accessible à tous, le reste à charge n’est pas tolérable.

Incapables de prendre en compte la globalité de la situation, les pouvoirs publics et les médias se focalisent sur la prothèse et l’orthodontie aux tarifs « excessifs », res- ponsables du renoncement aux soins d’une partie de la population.

La mise en place de la CMU-C en 2000 a été le premier geste politique visant à apporter des solutions aux patients défavorisés.

Le devis dentaire et la demande de transparence qui l’accompagnait a démontré l’incompréhension rencontrée par notre mode d’exercice et son nécessaire équilibre économique.

Aujourd’hui, dans le PLFSS 2014 et dans la future loi de réforme de la santé, c’est une menace d’extension de la CMU-C et de nouveaux plafonnements tarifaires autoritaires qui pèse sur la profession.

Il nous a donc paru indispensable d’utiliser ces 25 ans de blocage pour remettre les pendules à l’heure et rappeler les responsabilités.

 

CDF : Quel est la cible de cette affiche ?

C. M. : Nos patients... Donc le grand public et, par ricochet, les consommateurs et les décideurs.

Ce sont eux qui ont parfois du mal à comprendre nos tarifs et le reste à charge après remboursement.

 

CDF : Quel message souhaitiez-vous faire passer ?

C. M. : Au départ, les messages se bousculaient. Nous voulions dire qu’en 25 ans, nos cabinets ont changé mais que les remboursements sont restés les mêmes, que nous n’étions pas responsables de cette situation, que nos cabinets avaient un coût, qu’avec de tels remboursements on ne pouvait pas se payer grand-chose, que nos soins étaient accessibles et pas chers, que la qualité et la sécurité avaient un prix, qu’il fallait se faire soigner précocement, privilégier la prévention, etc. Mais très vite, avec l’aide des professionnels de la communication et des publicitaires avec lesquels nous avons travaillé, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait se limiter à un message simple et à un visuel parlant. C’est ainsi que nous avons abouti à cette belle affiche où le dentaire est immédiatement identifié, et où le message est simple : les remboursements de la Sécu – au sens large du terme – s’enfoncent.

 

cm2CDF : Pourquoi avez-vous choisi ce moment ?

C. M. : L’automne est la période de tous les dangers avec les lois de finances et de financement de la sécurité sociale. C’est la raison pour laquelle nous avons laissé pas- ser la date anniversaire du 31 mars pour cibler ce moment fort de la vie publique.

Les projets annoncés d’extension des droits CMU-C à de nouvelles tranches de la population ou la mise en place de plafonds sur les tarifs de prothèse des bénéficiaires de l’ACS* vont nous mobiliser dans les prochaines semaines...

Le message délivré par cette campagne, avec le concours indispensable de tous nos confrères, nous aidera à expliquer notre dossier.

 

CDF : Ne craignez-vous pas qu’on mette en avant la contradiction à signer un avenant conventionnel qui va bouleverser la nomenclature et le lancement d’une campagne sur la régression des remboursements ?

C. M. : Il y aura toujours des grincheux et des ronchons pour lesquels rien de ce que fait la CNSD n’est satisfaisant. Si nous avons entrepris de bouleverser la nomenclature, c’est en raison de la stagnation de nos tarifs et du différentiel croissant entre les remboursements et les vrais coûts, à l’origine de bien des problèmes : intervention croissante de la complémentaire, déséquilibres démographiques, écarts croissants entre les chirurgiens-dentistes selon leurs choix d’exercice et leur type d’activité, perte d’attractivité pour les actes sous-valorisés, défiance vis-à-vis de nos coûts et pratiques... Il fallait sortir de ce système pour espérer changer les choses. Le passage en CCAM est une première étape, mais il ne résout pas dans l’immédiat le problème des revalorisations. La restructuration de notre exercice reste à faire à partir du nouvel outil que sera la CCAM et du nouveau lieu de dialogue mis en place avec les complémentaires santé. Il nous faut donc plus que jamais communiquer et faire preuve de pédagogie pour que les décideurs ne s’arrêtent pas à ce stade. Tout reste à faire.

 

CDF : En guise de conclusion, que voyez- vous dans cette affiche ?

C. M. : Un lieu beau, lumineux, propre, à l’image de nos cabinets, et des sourires que nous voulons donner à nos patients. Mais aussi une coulée lente et inexorable du dentaire... Nous ne souhaitons surtout pas le voir s’enfoncer plus bas !

C’est un cri d’alarme que nous lançons.

Le pire serait de refaire la même affiche dans quelques années avec une dent totalement immergée et des pingouins obligés de s’équiper de masques et de tubas !

 

Participez à cette campagne de communication nationale

 visuel 25ans

Téléchargez dès maintenant l'affiche "Depuis 25 ans la SÉCU coule vos remboursements"

 

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Lisez l'édito de Thierry Soulié, secrétaire général de la Confédération

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