Enquête Médiforce : les chirurgiens-dentistes ont le moral en berne

 

cd en berneFace à l’essor des contraintes administratives, économiques ou encore règlementaires, les chirurgiens-dentistes sont pessimistes quant à leurs conditions d’exercice actuelles et futures. Une nouvelle étude sur le moral des libéraux de santé vient de le confirmer.

 

5/10 C’est la note qu’attribuent les professionnels libéraux de santé à la situation générale actuelle de leur profession, selon la sixième édition de l’Observatoire CMV Médiforce*. Les kinésithérapeutes-ostéopathes (5,7/10), les vétérinaires (5,6/10) et les infirmiers (5,4/10) ont une vision relativement plus optimiste.

 

Pour leur part, les médecins généralistes (4,5/10), les pharmaciens (4,4/10) et les chirurgiens-dentistes (4,4/10) vivent plus négativement leur quotidien.

 

Les chirurgiens-dentistes évoquent avant tout « des contraintes administratives et bureaucratiques ». Sans oublier les évolutions socio-économiques qui les perturbent au jour le jour : l’essor des réseaux de soins et des centres low-cost, la généralisation latente du tiers-payant, le « délaissement des patients par la Sécu et les mutuelles », la chute du revenu des patients ou encore « un contrôle de l’État de plus en plus important ».

 

Seulement 49 % des chirurgiens-dentistes libéraux recommanderaient à un jeune d'exercer en libéral

 

Aussi, lorsqu’on leur demande d’évaluer leur situation actuelle, 53 % des chirurgiens-dentistes donnent une note entre 1 et 4 sur 10.
Quant à la perception de leur situation « pour l’avenir », leur pessimisme est sans appel avec 75 % de notes entre 1 et 4 sur 10 (contre 53 % en 2012). À titre de comparaison, ce chiffre est de 58 % pour l’ensemble des libéraux de santé, toutes professions confondues.

 

Profond attachement à leur métier

 

Au total, 76 % des chirurgiens-dentistes libéraux se déclarent « très satisfaits » ou « plutôt satisfaits » de leur travail. Ils évoquent, entre autres, l’intérêt même de leur profession (78 %), la qualité des relations avec les patients (77 %), même si certains déplorent une détérioration progressive de la qualité de cette relation. La liberté dans l’organisation de leur travail (77 %) et la variété de leurs activités (78 %) sont également sources de satisfaction. Néanmoins, tous ne sont pas pour autant prêts à recommander à un jeune d’exercer leur profession en libéral. Seulement 49 % déclarent leur intention de le faire contre 71 % en 2012.

 

Exercice collectif ou salarié ?

 

Par ailleurs, le choix de l’exercice libéral individuel ou collectif, voire du salariat, fait réfléchir les chirurgiens-dentistes. Alors qu’ils sont les plus nombreux, parmi les professionnels de santé interrogés, à exercer en libéral « seul » (84 % contre 61 % en moyenne), ils ne sont que 52 % à souhaiter ce même mode d’exercice pour le futur. En particulier, 41 % se verraient exercer, dans les cinq ans, en « libéral collectif » (alors qu’ils sont 22 % aujourd’hui), voire en qualité de salariés (17 %).

 

Louise Guyon

(CDF N°1756-1757 du 1er-8 juin 2017)

 

 * Dans le cadre de cette étude, 495 professionnels de santé exerçant tout ou partie de leur activité en libéral ont été interrogés : 65 médecins généralistes, 62 kinésithérapeutes dont 20 ostéopathes, 64 chirurgiens-dentistes, 64 vétérinaires, 62 pharmaciens, 57 radiologues, 61 infirmières et 60 biologistes médicaux. Leurs avis ont été recueillis par un questionnaire auto administré online du 20 octobre au 21 novembre 2016.

 

 

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Que pensent les lecteurs du CDF de cette étude ?

 

Quatre lecteurs, chirurgiens-dentistes en exercice libéral, depuis 2 ans ou 22 ans, ont accepté de commenter les résultats de cette enquête et de les comparer avec ce qu’ils ressentent au jour le jour…

 

« De plus en plus de contraintes bureaucratiques et administratives »

 

olivier bouchet« Je me retrouve complètement dans les chiffres de l’étude. En raison des négociations conventionnelles qui ont échoué et du règlement arbitral qu’on va nous imposer à partir de janvier 2018, il y a une sorte de tristesse au sein de la profession. D’autant plus qu’avec la clause de sauvegarde, l’ancienne ministre de la Santé a verrouillé le système : nous ne percevrons les revalorisations promises que si nous ne dépassons pas l’enveloppe fixée pour les soins dentaires. Notre pessimisme est aussi une réaction au mépris dont elle a fait preuve vis-à-vis de notre profession.

 

Elle ne nous a jamais reçus. Par ailleurs, au quotidien, nous avons de plus en plus de contraintes bureaucratiques et administratives, qui vont empirer si le tiers-payant nous est imposé. Nos frais de plateau technique augmentent car nous devons nous mettre en conformité avec les normes au niveau de la radiologie ou de la stérilisation, par exemple. Jusqu’à présent nous pouvions notamment le compenser avec les tarifs libres pour les prothèses dentaires, mais comme la tutelle veut les plafonner, nous nous demandons comment nous allons récupérer nos investissements. J’ai des confrères qui réfléchissent même à se déconventionner. Nous espérons vraiment que ce règlement arbitral va être cassé et que de nouvelles négociations vont être organisées. Cela nous permettrait d’être plus optimistes quant à l’avenir de notre profession. »

 

Olivier Bouchet,
président départemental de la CNSD
(Pas-de-Calais), installé à Calais depuis 2009

 

 

« Les mutuelles vont faire la loi »


visuel2« Dans ma pratique quotidienne, j’aime mon métier et je travaille sereinement. J’ai réussi à m’organiser et à canaliser ma patientèle avec laquelle j’ai de très bonnes relations.
En revanche, nous ne savons pas ce que nous allons devenir ; nous nous dirigeons très certainement vers la mort du libéral.
D’abord, parce que les mentalités changent, les jeunes ne veulent plus s’installer en libéral.
Puis, les gouvernements poussent à l’ouverture de centres dentaires mutualistes. L’État tend à se désengager de la Sécurité sociale, les mutuelles vont donc prendre la relève et faire la loi. Je ne découragerai jamais un jeune qui souhaite s’installer en libéral, notamment parce qu’ils sont peu à le faire. Mais de moi-même, je ne lui conseillerai pas. »

 

Sylvie Verdin,
présidente départementale de la CNSD (Aude), installée depuis 27 ans à Castelnaudary

 

 

« Les patients n’hésitent pas à remettre en cause nos capacités professionnelles »

 

catherine eray« Je suis encore plus pessimiste que ce que révèle l’étude. J’exerce en cabinet libéral avec mon associé et je constate que les relations avec les patients se dégradent depuis à peu près 5 ou 6 ans.Ces derniers sont de moins en moins respectueux et deviennent excessivement suspicieux. Le traitement médiatique des affaires Van Nierop et Dentexia a amplifié la défiance vis-à-vis de notre profession. Les patients n’hésitent pas à remettre en cause nos capacités professionnelles.


Nous sommes obligés de tout justifier : nos tarifs, nos actes, nos choix.
C’est épuisant ! En outre, notre département étant sous-doté, la tension quotidienne est très importante. Nous traitons tous les jours une dizaine voire une quinzaine d’urgences malgré un emploi du temps surchargé. Sans compter que ces trois derniers mois, deux consœurs ont été agressées à Nevers alors qu’elles étaient seules dans leur cabinet : l’une a été brutalisée par un patient qui refusait de régler ses soins, l’autre a subi une agression à caractère sexuel. Cette situation est assez déprimante, surtout lorsque l’on fait tout pour assurer des soins de qualité. À cela s’ajoute le fait que nous effectuons le travail de la Sécu, via la télétransmission, celui des complémentaires, bientôt, si le tiers payant généralisé est mis en œuvre, celui des banques, lorsque les patients nous demandent d’attendre un peu avant d’encaisser leurs chèques de règlement, ou encore celui des impôts, avec la mise en place du prélèvement à la source. Nous devons faire face aux visites des pharmaciens inspecteurs de l’Agence régionale de santé, voire à celles des inspecteurs du travail, qui s’effectuent là aussi dans un climat de suspicion permanente, et nous devons veiller aux contrôles réguliers de nos installations de radiologie, ce qui est normal mais prend du temps et représente un coût financier non négligeable. Devant l’ensemble de ces contraintes, de nombreux confrères sont en souffrance. J’ai moi-même vécu une période difficile l’an dernier. Cela ne donne pas vraiment envie de suggérer aux jeunes chirurgiens-dentistes de s’installer en libéral et ce, malgré l’amour que je porte à ma profession. »

 

Catherine Eray,
présidente départementale de la CNSD (Nièvre),
chirurgien-dentiste à Coulanges-lès-Nevers, en exercice depuis 1988

 

 

« Je ne suis pas très optimiste, au vu du programme du nouveau président de la République »

 

matthieu wipf« Je ne suis pas vraiment étonné des résultats de cette étude ; je suis moi-même un peu dans le même état d’esprit. Si je devais évaluer ma situation actuelle, je donnerais la note de 5/10. Les relations avec mes patients sont toujours très bonnes.


En outre, les avancées scientifiques permanentes et les formations continues proposées nous permettent réellement d’améliorer la qualité de notre travail.

En revanche, les contraintes administratives et règlementaires, ainsi que les normes à respecter en matière d’installations, de matériel ou encore d’hygiène, sont considérables. Nos charges sont également élevées et il est compliqué, sauf à être un comptable aguerri, de gérer les augmentations de charges et les rattrapages fiscaux, surtout lorsque l’on vient d’ouvrir son cabinet. Pour l’avenir ? Je ne suis pas très optimiste, au vu du programme de notre nouveau président de la République et de notre nouvelle ministre de la Santé, plutôt anti-professions libérales.

 

J’ai ouvert mon propre cabinet il y a deux ans. Si je devais recommencer aujourd’hui, je ne sais pas si je me lancerais. »

 

Matthieu Wipf,
président départemental de la CNSD (Loire-Atlantique), qui exerce à Châteaubriant depuis deux ans

 

 

 

 

Soignant-Soigné : Questionnaire en ligne

 

questionnaire en ligneSoignant-soigné :

bonne relation, bon soin !

 

En collaboration avec le laboratoire Epsylon de l’Université Paul-Valéry de Montpellier, la CNSD lance une étude sur l’ajustement relationnel au sein de la relation patient-soignant en s’appuyant sur un questionnaire en ligne.

 

La relation soignant-soigné est un élément incontournable du système de santé qui peut avoir un impact important sur la santé globale du patient.
Ainsi, il existe un lien entre la qualité et le type de communication, d’une part, et l’état de santé du patient, d’autre part1. De même, la capacité du professionnel de santé à déceler les demandes implicites du patient ou à favoriser sa participation active a un effet positif sur l’implication, la satisfaction et la guérison de ce dernier2.

 

Mal-être professionnel

 

La qualité relationnelle peut aussi affecter le praticien. Une relation interrompue par le patient pour cause d’insatisfaction peut engendrer des conséquences émotionnelles négatives pour le soignant3. Par ailleurs, les demandes jugées excessives de la part des patients et/ou de leur famille favorisent l’épuisement professionnel des soignants, qui ont alors tendance à dépersonnaliser les patients pour réduire la tension ressentie, avec des conséquences directes sur la qualité-sécurité des soins prodigués4. Cette phase d’apparition du cynisme doit être clairement identifiée comme un signe annonciateur de la survenue du burn-out. L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) et la HAS mesurent ce risque dans la certification des établissements de santé, et l’Observatoire national de la santé des chirurgiens-dentistes (CNSD) met systématiquement en garde les praticiens lors de ses diverses interventions (conférences, interview et articles).

 

visuel soignant soigne cdfPar ailleurs, une étude effectuée auprès de personnels infirmiers5 montre que l’impossibilité d’accomplir de façon pleine et entière leur mission relationnelle, comme identifier et répondre aux besoins spécifiques des soignés, ou bien favoriser leur éducation à la santé, est source de mal-être au travail. Les chirurgiens-dentistes s’y reconnaîtront également.

 

Ajustement personnel

 

Ces études corroborent le caractère essentiel de l’aspect relationnel, aussi bien pour le patient que pour le professionnel de santé.
Partant de ce constat général, il semble pertinent non seulement d’adopter un focus symétrique soignant-soigné dans les futures études traitant de ce sujet, mais aussi d’appréhender la relation de soin sous l’angle théorique de l’ajustement relationnel. Ce concept peut se définir comme un processus en trois phases par lesquelles une personne prend conscience des caractéristiques de l’entité (individu, groupe) avec qui il communique, réalise un travail de représentation/évaluation de cette dernière, et élabore des réponses favorables à la mise en place d’une relation satisfaisante pour tous les interlocuteurs.

 

Logo ONSCD complet bdDe telles nouvelles recherches permettraient à la fois de mieux appréhender les expériences réciproques des protagonistes, leurs représentations/idéaux de la relation soignant-soigné, les différentes manières qu’ils emploient pour s’ajuster (ou non) au comportement et au « style » de la personne avec qui ils interagissent. Elles dévoileraient aussi les conséquences en matière de qualité des soins et de vie pour tous.

 

1. Stewart, 1995 ; Dibbelt et coll., 2009
2. Bell et coll., 2002 ; Hubbard et coll., 2008
3. Hareli et coll., 2007
4. Cathébras et coll., 2004 ; Truchot et coll., 2009, Lheureux et coll., 2016
5. Lheureux, 2010

 

 

 

 

Participez massivement à cette ambitieuse étude, il ne vous en prendra qu’entre 20 et 25 min (le temps de réponse étant fractionnable).

Le CDF vous tiendra informés des résultats.

 

 

 

 

Ministère de la Santé : « et les nommés sont... »

agnes buzyn drapeau europeLa composition du cabinet de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est désormais connue et attend sa confirmation par une publication au Journal officiel. Le cabinet comprend 10 membres, conformément à un décret du président de la République, publié le 19 mai, limitant à 10 le nombre de conseillers au sein des cabinets des ministres de plein exercice.

 

Composition du cabinet d’Agnès Buzyn
  • directeur de cabinet : Gilles de Margerie
  • directrice adjointe du cabinet : Aude Muscatelli
  • directeur adjoint du cabinet : Yann Bubien
  • cheffe de cabinet : Sophie Ferracci
  • conseiller spécial : Lionel Collet
  • conseillère communication presse : Isabelle Jourdan
  • conseillère parlementaire : Anne Beinier
  • conseiller : Nicolas Labrune
  • conseiller budgétaire : Laurent Habert
  • conseiller en charge des crises sanitaires : Jacques-Olivier Dauberton
 
Attributions de la nouvelle ministre

Par ailleurs, les attributions de l’ensemble des membres du gouvernement ont été publiées au Journal officiel du 25 mai. Concernant la ministre des Solidarités et de la Santé, celle-ci « prépare et met en œuvre la politique du gouvernement dans les domaines de la solidarité, de la cohésion sociale, de la santé publique et de l'organisation du système de santé ». De plus, « sous réserve des compétences du ministre de l'Action et des Comptes publics », elle prépare et met en œuvre la politique du gouvernement dans le domaine de la protection sociale : retraite, famille, maladie, AT-MP, personne âgées, et dépendance.
 
Autres conseillers santé

Enfin, Emmanuel Macron et  Edouard Philippe devraient s’adjoindre les conseillers en santé ou en charge des questions sociales, suivants :

Auprès d’Edouard Philippe 
  • directeur de cabinet adjoint: Thomas Fatome, actuellement directeur de la sécurité sociale (DSS) du gouvernement Hollande
  • conseiller protection sociale et santé : Franck von Lennep, actuellement directeur de la DREES
  • conseiller social travail-emploi-formation : Franck Morel, avocat
 
Auprès d’Emmanuel Macron
  • Conseilère santé et solidarités : Marie Fontanel, actuellement directrice générale déléguée de l’ARS Grand-Est
  • conseiller social: Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances


 

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