Accès aux soins : Les Irlandais, en pleine crise bucco-dentaire

 

irlande paysage connemaraDepuis la crise financière de 2009, l’accès du plus grand nombre à la santé bucco-dentaire décline en Irlande. C’est en tous cas ce que révèlent les chiffres publiés en juin et en juillet 20171 par le Bureau central des statistiques du pays.

 

Après la crise financière, la crise dentaire. En effet, les ménages ont considérablement diminué leurs dépenses de soins dentaires, passant de 197 euros en 2010 à 84,53 euros en 2015. Ces chiffres, alarmants, ont été fournis par le Bureau central des statistiques (CSO), l’équivalent irlandais de l’Insee. L’Irish Dental Association (Ida), qui manquait de données précises sur ce sujet, s’est déclarée « choquée » par cette « baisse de 57 % des dépenses des ménages en soins dentaires au cours des cinq dernières années ». En cause : la crise économique, dès 2009, et l’absence de prise en charge des soins dentaires par le Health Service Executive (HSE), le service public de santé irlandais, sauf pour les enfants et les plus démunis. Les soins dentaires, dispensés par des chirurgiens-dentistes du secteur privé, sont coûteux et impliquent une assurance privée2. « Or, moins de 10 % des Irlandais ont une assurance médicale privée couvrant les soins dentaires », évalue Robin Foyle, président de l’Ida.

 

La prévention reléguée

 

En 2016, le nombre total de traitements curatifs (extractions, obturations, prothèses) s’élevait à 545 500 contre 480 100 seulement pour les traitements préventifs et divers, poursuit le Bureau central des statistiques.
Pour l’Ida, « ces chiffres indiquent que les Irlandais ne donnent pas la priorité à leur santé bucco-dentaire et cela doit changer ». L’État doit prendre ses responsabilités et renforcer la prévention « moins coûteuse que le soin », qui évite aussi nombre de catastrophes dentaires. En effet, une étude réalisée à l’hôpital de Saint-James à Dublin révèle « une augmentation de 38 % des patients admis pour les infections sévères causées par la carie dentaire » depuis 2009, selon un article du Irish Times, publié le 3 juillet.

 

Budget dentaire de l'État divisé par deux

 

Par ailleurs, le budget de l’État irlandais consacré à la prise en charge des soins dentaires est passé de près de 150 millions d’euros en 2009 à moins de 75 millions d’euros en 2016. Qui en pâtit ? Les plus fragiles, à commencer par les enfants. En effet, en Irlande, les soins sont gratuits pour les enfants âgés de moins de 6 ans et les élèves scolarisés dans les écoles publiques jusqu’à l’âge de 16 ans. Ces derniers sont pris en charge par des cliniques dentaires publiques, financées par le HSE. Or « si la population de moins de 16 ans a augmenté de 20 % au cours de la dernière décennie, pour atteindre 1,1 million », le nombre de chirurgiens-dentistes travaillant pour le service dentaire public « a diminué de 20 % en raison des restrictions de recrutement », a complété l’Irish dental association. Selon elle, « les pénuries de personnel, les fermetures de cliniques et le manque de politique et d’orientation du HSE imposent un fardeau intolérable au service dentaire public et compromettent sa capacité à fournir un service efficace ».

 

Les plus démunis délaissés

 

Les plus démunis, soignés auprès des chirurgiens-dentistes du secteur privé mais titulaires d’une carte médicale leur donnant accès à des soins entièrement pris en charge par le HSE, sont également frappés de plein fouet. Depuis 2010, les détartrages et les radiologies ne sont plus pris en charge, par exemple. Les traitements canalaires ne le sont qu’en cas d’urgence (et uniquement les dents antérieures), de même que les traitements prothétiques. « Les patients n’ont désormais droit qu’à deux restaurations par an, complète l’Ida. Mais les extractions, le moins cher des remèdes contre la douleur dentaire, peuvent encore être effectuées de manière illimitée. » Le nombre de traitements dentaires offerts aux patients à faibles revenus a diminué de 16 % entre 2013 et 2016 tandis que le nombre de patients éligibles à la gratuité des soins a augmenté de 17 % entre 2009 et 2016, d’après le Bureau central des statistiques.


Ces statistiques confirment « le besoin d’un plan d’urgence », selon l’Irish Dental Association. Elle a ainsi écrit au gouvernement, pour remédier à cette situation dans les plus brefs délais et selon une approche intersectorielle (lire ci-dessous).

 

Laura Chauveau

 

1. « HSE funded dental treatments 2013-2016 » et « CSO’s household budget survey », études statistiques sur les soins dentaires pris en charge par le système public de protection sociale et sur le budget des ménages, publiées en juin et juillet 2017.

2. Le système public de santé irlandais garantit une couverture hospitalière gratuite pour tous mais ne couvre ni les visites chez les médecins et spécialistes, ni les soins dentaires et optiques. En plus, les files d’attente dans les hôpitaux publics sont longues. C’est pourquoi les assurances privées, permettant de financer en partie le coût des soins du secteur privé, couvrent presque la moitié de la population irlandaise.

 

 

Trois questions à...

 

Docteur Robin Foyle
Président de l’Irish Dental Association

 

robin foyle IDALe Chirurgien-dentiste de France : Êtes-vous d’accord avec les chiffres publiés par le Bureau central des statistiques d’Irlande ?
Robin Foyle : Tout à fait. Mais nous avons été surpris de l'ampleur de la réduction des dépenses des ménages en soins dentaires (57 %). Elle s’explique par le retentissement de notre crise financière.


Elle a entraîné la dégradation de la santé bucco-dentaire de la population et de nombreuses difficultés financières pour les chirurgiens-dentistes irlandais.

 

Quelles actions avez-vous menées ?
R. F. : La dentisterie en Irlande n'est pas une priorité du gouvernement. La dentisterie publique a été la première à souffrir lorsque la crise financière a frappé. Le gouvernement a réduit de moitié le budget annuel pour la prise en charge des soins dentaires des plus pauvres [il est aujourd’hui de 60 millions d'euros, NDLR].

L'Ida a saisi les tribunaux mais a malheureusement perdu devant la Cour suprême irlandaise. Nous avons eu des frais de procédures de plus d’un million d'euros à payer. Jusqu’à présent, malgré une reprise financière considérable en Irlande, le gouvernement n'a rien fait pour améliorer les soins dentaires pour les plus démunis de notre pays.

Vous avez également écrit aux autorités publiques pour les exhorter à agir.


Avez-vous reçu une réponse de leur part ?
R. F. : Non. Par ailleurs, l’Irlande n’a eu aucun responsable à plein temps des questions dentaires pendant environ 15 ans.
L'Ida a appelé les gouvernements successifs à en nommer un. En mai dernier, un « Chief dental officer » a ainsi été nommé au sein du ministère de la Santé.


Nous avons demandé une réunion avec lui pour discuter de la stratégie nationale en matière de santé bucco-dentaire mais on ne nous l’a pas accordée. Je ne suis pas optimiste. En effet, nous avons appelé le ministère de la Santé à entamer des discussions pour améliorer la prise en charge des plus pauvres de notre pays. Or nous avons été informés qu’elles ne commenceront qu’après la publication de la stratégie de santé bucco-dentaire, prévue pour la fin de l’année !

 

 

 

 

Le Sénat supprime l'accès partiel

 

victoire marches acces partielLe Sénat a supprimé le dispositif ouvrant un accès partiel à une activité médicale ou paramédicale prévu par une récente ordonnance relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé.


« Je n'ai qu'une question en tête : quel est l'intérêt des patients ? Comment garantir la qualité et la sécurité des soins ? (...) Il me semble également que l'aspect juridique de la question ne doit pas prendre le pas sur la sécurité sanitaire. »


Tels ont été les propos de la rapporteure de la commission des Affaires sociales, Corinne Imbert, lors de l’examen le 5 octobre de l'ordonnance relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé, dans laquelle figure l'accès partiel.

 

Pour rappel, ce texte transpose une directive européenne de 2013 qui autorise certains professionnels à exercer dans un État membre même si leur qualification est inférieure à celle exigée dans ce pays. Ils pourraient alors bénéficier d'un « accès partiel » à cette profession, c’est-à-dire n’exercer que la partie pour laquelle ils sont compétents.

 

Sur ce texte, la commission a adopté un amendement unique de la rapporteure Corinne Imbert, qui exclut de l'ordonnance les dispositions mettant en place l’accès partiel à l’exercice d’une profession médicale ou paramédicale en France « en considération des risques pesant sur la cohérence, la qualité, et la sécurité de notre système de soins ».

 

La CNSD se réjouit de retrouver dans le rapport de la commission, des éléments qui figurent dans la note envoyée à la sénatrice Corinne Imbert et qui ont contribué à cette décision d'exclusion des professions de santé.

 

Le vote de la commission des Affaires sociales a donc été entériné par les sénateurs en séance publique le 11 octobre 2017. S’agissant d’une procédure accélérée sur ce texte, il n’y aura pas de deuxième lecture. Reste à franchir maintenant l'étape de l'Assemblée nationale.

Cette dernière n’ayant pas voté dans ce sens, il y aura un arbitrage entre les deux chambres avec suprématie de la décision de l’Assemblée nationale.

Espérons que l’Assemblée nationale écoutera cette voix de la sagesse… C'est en tout cas ce que demande la CNSD, ainsi que l'ensemble des professions de santé (communiqué du CNPS du 11 octobre).

 

 

+ d'infos :

 

 

 

 

STOP AU LAXISME !

 

stop laxisme colereLa précipitation n’est pas bonne conseillère, surtout en matière législative.
S’en remettre par dépit aux vertus supposées de la concurrence n’est guère plus recommandable.


C’est par ces biais que nous avons vu surgir Le Clesi, en réponse « opportune » aux déserts médicaux et au détriment du respect de nos critères de formation.
Malgré les alertes incessantes de la CNSD, nous en sommes arrivés aujourd’hui à l’inscription au tableau de l’Ordre de jeunes « diplômés » à la compétence hypothétique.
De même la Confédération dénonce ces usines européennes à « fabriquer » des praticiens ainsi que la dérégulation qui en découle.

 

Stop au laxisme national et européen !

Chacun doit prendre ses responsabilités en termes de démographie !

 

Enfin, cerise sur le gâteau de la marchandisation des soins, un projet d’ordonnance relatif aux centres de santé semble vouloir accélérer la mise en place de l’ubérisation de la médecine, avec ce que cela comporte en termes d’atteinte potentielle à la qualité-sécurité des soins.

 

La CNSD pose la question : Combien de scandales sanitaires de type Dentexia faudra-t-il pour que nos alertes soient enfin prises en considération ?

 

Lire l'article : Inscription au tableau de l'Ordre d'ex-étudiants du CLESI

 

 

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